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Sortir de l’euro ? Une idée dangereuse

La zone euro, à l’épreuve du feu, fait vaciller l’Europe économique et financière. L’économiste Évariste Lefeuvre propose, à l’intention du plus large public, une analyse dépassionnée de la crise qui frappe la monnaie unique, envisagée de manière « positive », en toute neutralité.

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De plus en plus de voix s’élèvent pour suggérer la sortie de l’euro, souvent présentée comme la meilleure -voire la seule- des solutions à la crise actuelle. Les défenseurs de cette option radicale invoquent notamment l’impossibilité de l’« Union des transferts », le fédéralisme politiquement inacceptable et l’absence de disposition des peuples et Parlements à plus de solidarité. Les efforts des autorités européennes pour sauver la monnaie unique étant perçus par beaucoup comme autant de tentatives pour retarder l’inéluctable échéance : l’éclatement de la zone euro, sa division ou le retrait d’un ou de plusieurs de ses membres. L’euro est mort ! L’euro doit disparaître ! C’est la faute de l’euro ! Plutôt que de subir les sacrifices budgétaires qu’implique l’appartenance à une zone euro qui ne peut fonctionner, autant recouvrer sa souveraineté politique et économique ! : Si de tels raisonnements économiques spécieux ou incomplets dissimulent mal ambitions électorales et remugles populistes, il importe cependant de ne pas masquer la réalité du coût humain induit par les plans d’aide.

La zone euro a seulement une chance sur cinq de survivre dans sa forme actuelle

La zone euro a seulement une chance sur cinq de survivre dans sa forme actuelle au cours des dix prochaines années en raison des déséquilibres de compétitivité entre ses membres, a déclaré vendredi un cercle de réflexion (...)

Endettement excessif dans des pays en perte de compétitivité, complaisance des marchés financiers à l’égard d’États aux finances publiques douteuses, flux bancaires transfrontaliers incontrôlés, difficile application des règles budgétaires, politique monétaire unique incapable de corriger les trajectoires divergentes des économies… C’est un fait que la zone euro et sa monnaie, cibles de toutes les attaques, sont entrées dans une phase critique qui voit leur survie menacée. Les excès -irresponsabilité et désinvolture budgétaire des États et comportement des acteurs privés, banques, notamment- étant, de fait, venus de tous bords pour frapper durement un projet vieux d’à peine plus de 10 ans.

Surtout, la crise économique et financière a révélé le manque criant de leadership européen et de vision pour l’Europe dont elle reflète l’insuffisance du cadre institutionnel et des règles : Entre sauvetage de court terme (mise en place du Fonds européen de stabilité financière (FESF)) et tentative de refonte en profondeur des institutions (avec l’amendement -du jour au lendemain- de principes que l’on croyait immuables), elle s’est muée en crise politique.

C’est que l’intégration économique et financière ne s’est pas traduite par un choix clair entre maintien de l’État-nation et contrôle démocratique sur les politiques de redistribution (qui aurait impliqué un fédéralisme européen). La solution -hybride- retenue, avec primauté de l’État-nation (et donc prégnance des décisions intergouvernementales), a depuis deux décennies précisément fait perdre aux gouvernements une large part de leur autonomie, accentuant le déficit démocratique de l’UE. Par ailleurs, la création d’institutions supranationales reposait sur le principe de subsidiarité, mais le bon fonctionnement économique de la zone euro requiert une centralisation croissante des mécanismes de gouvernance qui réduit la marge de manœuvre de l’État-nation.

La souveraineté nationale revient dès lors au cœur du débat, s’imposant comme une contrainte au maintien de l’intégration. Si le modèle économique en question n’est bien sûr pas « contre » les peuples, une telle organisation de la gouvernance rend les décisions de plus en plus illégitimes. Comment, dans ces conditions, les peuples ne souhaiteraient-ils pas sortir d’une zone euro si ostensiblement éloignée de leur volonté ? Selon Évariste LEFEUVRE, l’issue économique et sociale d’un tel choix -véritable suicide économique, financier et politique- serait désastreuse pour le(s) pays qui le mettrai(en)t en œuvre. L’UEM (Union économique et monétaire), scellée autour de la monnaie commune, représente une étape majeure de l’intégration européenne : y renoncer signifierait l’effritement définitif du projet européen tel que mis en place depuis cinquante ans.

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Les prérequis économiques du bon fonctionnement de la zone euro ne seront pas remplis avant longtemps. L’euro exige donc davantage de collaboration et coopération dans la supervision et la coordination des politiques économiques et structurelles ainsi qu’une solidarité temporaire et durable.

Les débats à cet égard s’articulent autour de nombreuses questions clés : Faut-il centraliser davantage ou au contraire accentuer l’autonomie locale ? Doit-on durcir les règles ou favoriser une approche plus discrétionnaire ? Faut-il réguler davantage ou rendre plus de poids aux marchés ? Les règles et sanctions doivent-elles être automatiquement aveugles ou sujettes à libre appréciation ? La solidarité passe-t-elle uniquement par des transferts ou doit-elle au contraire être limitée et conditionnée à des ajustements douloureux ? L’euro peut-il survivre à la sortie de l’un de ses membres ? à des plans d’ajustement économiques socialement insupportables ? Peut-on raisonnablement croire en l’avenir de l’euro sans intégration politique plus forte ? sans correction du déficit démocratique de l’Europe ?

Insuffisances de l’UEM -critères économiques et fondations institutionnelles à l’origine de l’UEM et des divergences ultérieures-, actuelle crise et réponses immédiates apportées, avenir et réformes nécessaires : Évariste LEFEUVRE fait le point sur les concepts économiques, intérêts politiques et enjeux constitutionnels qui ont fait l’euro, passe au crible les problèmes en suspens, décrypte notamment les discours idéologiques, et présente les risques et avantages des divers scénarios envisageables (sortie de l’euro, défaut sur la dette, fédéralisme).

Plus grande précision sur les principes (stabilité), engagements (solidarité), renoncements (souveraineté), règles (gouvernance, compétitivité) ET leur mise en application (répartition du pouvoir, démocratie) : Entre efficacité économique (centralisation de la gouvernance) et légitimité politique, populaire, dont le fédéralisme -vecteur de la conscience européenne et du contrôle démocratique- est, selon l’auteur, le principal garant, la survie de la zone euro passe autant par l’engagement politique que par les solutions techniques apportées. Tel est le propos de cet essai très pédagogique qui dispense les éléments de compréhension essentiels.

Next Finance , Septembre 2011

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Voir en ligne : Focus - Crise Européenne

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