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Noël Amenc : « La solution passe par la customisation des benchmarks smart beta »

Selon Noël Amenc, Directeur de l’EDHEC Risk Institute, à terme, les benchmarks smart beta pourront aussi être utilisés par les gérants actifs car ils constituent un meilleur point de départ pour la création d’alpha à partir du stock picking...

Next-Finance : Quels types de stratégies recouvrent l’appellation Smart Beta ? Quels types de Smart Beta pour quels types d’investisseurs (fonds de pension, fonds souverains, compagnies assurances, family office, etc…)

Noël Amenc : On appelle généralement "Smart Beta Strategies", un ensemble de méthodes de construction de benchmarks qui s’éloignent du schéma traditionnel de pondération des titres par les capitalisations boursières. Ces nouvelles formes d’indices apparaissent comme une réponse aux critiques faites sur la mauvaise diversification des indices de marchés, qui sont certes de bonnes représentations des mouvements du marché, mais ne constituent pas des benchmarks particulièrement efficients susceptibles de donner une bonne représentation de l’allocation de long terme d’un investisseur.

Plusieurs approches existent en matière de smart beta et on peut en citer deux principales. La première dite "de diversification" vise, par des techniques quantitatives, à construire des benchmarks ayant une meilleure déconcentration ou diversification des risques. On trouve, dans cette catégorie, des stratégies de type global minimum variance, max decorrelation mais aussi equaly weigthed ou risk parity. Le second grand type de stratégies vise à une meilleure représentation d’un risque particulier, qu’il s’agisse par exemple d’une stratégie favorisant le risque value comme le proposent les indices dits fondamentaux ou bien même de stratégie défensive comme les indices inverse volatility.

Ces smart beta benchmarks sont principalement utilisés par les investisseurs institutionnels qui considèrent qu’ils permettent, sur longue période, d’obtenir une meilleure performance ajustée du risque que les indices capi-pondérés pour un coût inférieur à ceux des gérants actifs.
Nous pensons qu’à terme les benchmarks smart beta pourront aussi être utilisés par les gérants actifs car ils constituent un meilleur point de départ pour la création d’alpha à partir du stock picking.

La principale critique ou au moins question que nous posons est celle liée aux risques associés à l'implémentation de ces stratégies dans des indices. Au final, l'investisseur n'a aucune information ni surtout aucun contrôle sur ces risques qu'il n'est pas supposé prendre en choisissant un meilleur benchmark.
Noël Amenc, Directeur de l’EDHEC Risk Institute

Vous venez de publier une étude « Smart Beta 2.0 », mettant en lumière les faiblesses des stratégies Smart Beta premières générations. Pouvez-vous nous expliciter ces faiblesses ?

Ce ne sont pas tant les stratégies de smart beta que les indices qui les représentent qui posent problème. Les premières sont au final le résultat d’un choix assumé de pondération de titres. La principale critique ou au moins question que nous posons est celle liée aux risques associés à l’implémentation de ces stratégies dans des indices. Au final, l’investisseur n’a aucune information ni surtout aucun contrôle sur ces risques qu’il n’est pas supposé prendre en choisissant un meilleur benchmark. Celui-ci peut par exemple souhaiter détenir un portefeuille de plus faible volatilité ou diversifié que l’indice de marché mais ne pas avoir envie d’être exposé à des risques d’illiquidité ou sectoriels comme le sont la majorité des indices smart beta représentatifs de stratégies de minimum volatilité ou de déconcentration.

Vous préconisez de clairement expliciter le choix des facteurs de risques systématiques des benchmarks smart beta « qui doivent relever d’une décision de l’investisseur et non du promoteur de l’indice ». Les choix des facteurs de risques étant très souvent différent d’un investisseur à un autre, ne risquez-vous pas de contraindre les gérants à élaborer des indices de plus en plus ciblés en fonction des choix des différents investisseurs et de devoir manager pléthore d’indices « dédiés » ? Est-ce pratiquement faisable ? Y aura-t-il plus de lisibilité pour les investisseurs ?

Oui, la solution passe par la customisation des benchmarks smart beta. Cette customisation doit correspondre à un choix de risques assumé par l’investisseur et sur le contrôle desquels le fournisseur s’engage. C’est le sens de l’approche "Smart Beta 2.0".

Dans certaines configurations de marchés, les indices smart beta sont susceptibles de largement sous-performer les indices classiques capi-pondérés, poussant certains investisseurs à remplacer ces stratégies par des gérants benchmarkés. Quelles alternatives proposez-vous à ces investisseurs ?

Tout comme les gérants actifs, les indices smart beta peuvent sous-performer de manière significative et sur des périodes assez longues les indices capi-pondérés, notamment quand les facteurs de risques auxquels ils sont relativement plus exposés que les indices capi-pondérés sont mal rémunérés. C’est la raison pour laquelle nous préconisons un contrôle de l’exposition à ces facteurs. On peut également souhaiter que, comme les gérants benchmarkés, les indices smart beta puissent explicitement intégrer un process de contrôle de risque relatif (d’extreme tracking error) par rapport aux indices capi-pondérés.

Next Finance , Mars 2013

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