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Monter son propre hedge fund : la réputation avant tout !

Les besoins en capitaux sont beaucoup plus importants qu’il y a une dizaine d’années, mais c’est la réputation qui fait tout...

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La directive européenne sur les hedge funds et les firmes de private equity est bien partie pour être adoptée, après les concessions accordées par le nouveau gouvernement britannique. Les gérants de hedge funds auront la vie un peu plus compliquée, avec des règles de transparence beaucoup plus sévères.

Cela s’ajoute au fait que les besoins en capitaux sont beaucoup plus importants qu’ils pouvaient l’être il y a une dizaine d’années. "A l’époque, de 100 à 150 millions d’euros pouvaient suffire, aujourd’hui, il faut deux ou trois fois plus de capitaux", explique à Next-Finance l’une des principales figures du secteur, présente à Londres, et dont la fortune personnelle est estimée à 100 millions d’euros.

"Cela n’est pas plus mal qu’il y ait des exigences de capitaux plus élevées. Sur tous les fonds qui se créent, seule une poignée parvenait à se maintenir au bout de quelques années en raison de structures trop fragiles. Le dynamisme du secteur n’y a donc pas perdu. La difficulté principale est d’atteindre la masse critique pour payer l’infrastructure qu’il faut ; les investisseurs veulent investir dans les fonds de qualité institutionnnelle, il faut donc investir énormément d’argent pour les attirer, et faire un effort important en matière de communication. Impossible de commencer petit. Aujourd’hui, il faut probablement de 300 ou 400 millions de capital de lancement."

Comment en vient-on à la création de son propre fonds alternatif ? "Je travaillais depuis quelques années au sein d’une banque d’affaires, poursuit notre témoin. Après avoir passé beaucoup d’années sur les marchés, j’ai pensé que j’étais capable de créer de la valeur sans passer par une banque de mémoire. Quand vous êtes dans la salle de marchés d’une banque et que vous êtes intéressés par les activités de trading, on va vous proposer une promotion ; si vous l’acceptez vous allez gérer un plus grand nombre de clients, mais vous vous éloignerez des marchés, donc c’est pas forcément intéressant... et si vous dites non, vous allez stagner ; quand vous êtes vraiment intéressés par les marchés, vous savez quel choix opérer. Personnellement, j’ai décidé de créer ma propre société de gestion et de faire venir trois collègues avec moi. Il se trouve que le premier porteur de fonds a été l’employeur que je venais de quitter. J’ai mis mon propre argent et avec les parts de mon premier client, la structure s’est créée avec 150 millions d’euros. Nous comptons une centaine de clients aujourd’hui."

Fondateur de Centaurus Capital, l’un des hedge funds les plus en vue à Londres, Bernard Oppetit se rappelle les débuts de son affaire, il y a dix ans. "Nous n’étions que cinq et chacun faisait toutes sortes de tâches, y compris le café. Aujourd’hui l’équipe opère de façon collégiale et emploie une cinquantaine de personnes. Je suis le fondateur mais quatre associés m’ont rejoint pour gérer l’affaire ensemble. Mon principal rôle est de surveiller les grands tendances pour trouver les bons investissements."

Bernard Oppetit explique qu’au lancement d’un hedge funds, "la présentation personnelle est importante car elle doit inspirer confiance dans les relations et la réputation. Après, quand la firme est établie, ces considérations deviennent moins importantes car c’est la structure d’ensemble qui prend le dessus et non une personne en particulier. La réputation est la chose la plus importante dans le secteur bancaire."

Avec 80% de l’industrie européenne des hedge funds, Londres est de loin la place la plus attractive pour monter son propre fonds. "Le Royaume-Uni est meilleur en termes de crédibilité par rapport aux investisseurs car sa culture et sa tradition intègrent l’idée que les actionnaires possèdent la société. Nous sommes ainsi clairement redevables par rapport aux investisseurs. Trop souvent sur le Continent, les actionnaires sont justes considérés commes des actionnaires ordinaires ; les sociétés sont conduites pour le profit des managers, non pour celui des investisseurs. Nous pensons que si la gestion ne se fait pas dans le meilleur intérêt des investisseurs, nous devons le leur dire."

Johann Harscoët , Mai 2010

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