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Les pays du Golfe aiment le green britannique

Les riches investisseurs arabes s’offrent à peu près ce qu’ils veulent au Royaume-Uni. Canary Wharf - la deuxième City de Londres, Shard London Bridge, la plus haute tour habitée d’Europe, Harrods, l’immeuble logeant l’ambassade américaine, des parts du London Stock Exchange et des parts dans la banque Barclays sont notamment détenus par des fonds qatari…

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Annoncées il y a quelques semaines comme des "top priorities", les projets d’infrastructures devant voir le jour ou être rénovées dans les prochaines années au Royaume-Uni n’ont pas rassuré grand-monde.
Le fait que dans une période de rigueur, le gouvernement de David Cameron focalise ses efforts budgétaires sur les "veines structurelles" de la société britannique en dit long sur les difficultés du pays, récemment menacé d’une perte de triple A par l’agence Moody’s.

Routes, chemins de fer, centrales nucléaires, réseaux internet : le pays doit monter dans le wagon sous peine de perdre certains attraits de son statut de puissance mondiale, qui se reconnaît avant tout au développement des structures essentielles.

Et cette fois encore, ce sont les riches investisseurs du Golfe qui sont ouvertement appelés à apporter leurs capitaux.

Le ministre de l’économie George Osborne a mis en place un plan national d’infrastructures offrant en toute transparence les conditions des investissements massifs, qui atteindront plusieurs dizaines de milliards de livres. Les riches états pétroliers du Golfe et les fonds souverains ont été clairement invités à se joindre au banquet.

"Comme classe d’actifs, les infrastructures britanniques peuvent générer presque autant d’intérêts que les programmes de privatisations des années 80 et 90", a promis Lord Sassoon, secrétaire d’Etat au commerce du gouvernement, récemment envoyé en tournée au Moyen-Orient pour convaincre les investisseurs saoudiens, koweitiens et émirati.

Ce prochain vol à la rescousse de l’économie britannique n’est que la suite logique d’une présence toujours plus marquée des investisseurs moyen-orientaux en Europe, et tout particulièrement chez le faux cousin des Etats-Unis.

Ces dernières années, les riches arabes ont racheté une bonne partie des biens immobiliers les plus significatifs. Canary Wharf - la deuxième City de Londres, construite à partir du début des années 90 - est détenu principalement par le fonds souverain du Qatar, via la firme Songbird.

La plus haute tour habitée d’Europe, Shard London Bridge, qui sera terminée au printemps prochain, est également majoritairement détenue par les qatari. Qui possèdent aussi Harrods, l’immeuble de l’ambassade américaine, une partie du London Stock Exchange, et des parts dans la banque Barclays.

"Ils ont beaucoup d’argent, donc évidemment ils doivent l’investir", commente pour Next-Finance David Roberts, directeur adjoint de la branche qatarie du Royal United Services Institute. "Il s’agit avant tout de diversifier leurs revenus dans l’optique de l’évolution des modes d’approvisionnement en énergie. Mais c’est aussi une question de sécurité. Pour les Qatari comme pour les Européens d’ailleurs. La menace de l’Iran, qui constitue le principal risque dans les années à venir, est une raison essentielle à ces investissements communs. Il y a aussi parfois des frictions entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, mais cela se règle autour de la rivalité entre les clubs de football" sourit-il.

Question football, le club de Manchester City, propriété du Sheikh Mansour, frère du prince héritier d’Abu Dhabi, vient également de se distinguer en enregistrant sur l’année écoulée les plus grandes pertes de l’histoire pour un club de football (195 millions de livres).

Arab Investments, propriété d'investisseurs arabes et koweitiens, vient par ailleurs de sécuriser le financement de la deuxième tour la plus haute de Londres, en plein coeur de la City, et qui sera terminée en 2014.

L’une des étapes les plus spectaculaires des prochaines sera le financement des centrales nucléaires, dont le gouvernement reste le plus entiché d’Europe.
40 milliards de livres devront être trouvés, et cela passera forcément par les fonds souverains étrangers. "Ce sera plus simple de trouver l’argent pour les financer que de trouver la capacité de les construire" s’est amusé le ministre de l’énergie Charles Hendry.

Ces accords permettent aussi aux Britanniques d’exporter leur savoir faire technique dans les pays du Golfe, d’y obtenir des contrats juteux dans des pays développant très rapidement leurs infrastructures. L’expertise anglaise en matière de construction de stades sera ainsi bienvenue au Qatar dans l’optique de la Coupe du monde 2022...

Johann Harscoët , Février 2012

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