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La chute d’Henry Blodget, ex analyste phare chez Merril Lynch

Véritable gourou d’internet et de l’e-commerce dans les années 2000, la carrière fulgurante d’Henry Blodget explosa avec la bulle...

Diplômé de l’université de Yale en 1989 à 23 ans, Henry McKelvey Blodget commence sa carrière comme journaliste freelance, puis rejoint en 1994 un programme de Corporate finance chez Prudential Securities, avant de partir deux ans plus tard pour CIBC Oppenheimer & Co se spécialiser dans l’étude d’actions de valeurs Internet.

L’heure de gloire de Blodget arrive lorsqu’il prédit en décembre 98 que l’action Amazon qui stagne aux alentours de 200 dollars, atteindra le seuil des 400 dollars, ce qui se produit un mois après ses prévisions. A l’époque, les observateurs ne croient plus guère en Amazon, ce qui contribue à donner un énorme retentissement aux prévisions de Blodget. Deux mois plus tard, en février 1999, il accepte un poste de responsable de la recherche actions sur les valeurs Internet chez Merril Lynch, qui désire recruter le jeune analyste réputé. Il y dirige une équipe d’analystes qui produit des rapports et des recherches sur les valeurs Internet.

Chez Merril, son influence continue de croître et atteint des sommets. En 2000, un panel d’observateurs le désigne meilleur analyste du secteur Internet/e-commerce. Il arrive 15ème du classement des « Digital 50 » effectué par « Time Magazine » qui recense les personnalités les plus influentes de l’Internet. On est en pleine bulle Internet. Pourtant, peu de temps avant l’explosion de la bulle, Blodget investira 700 000 dollars en actions de valeurs technologiques. Cette somme partira en fumée lors de l’éclatement de la bulle. En 2001, la SEC (Securities Exchange Comittee) lance une vaste enquête concernant les conflits d’intérêts existant entre les branches banque d’investissement et recherche/analyse financière de plusieurs firmes de Wall-Street parmi lesquelles figure Merril Lynch.

En décembre 2001, Blodget trouve un accord avec Merril Lynch et quitte la société. En 2002, Eliot Spitzer, le procureur de la SEC qui s’occupe de l’enquête, publie dans un rapport extrêmement détaillé des extraits d’emails de Blodget datant de l’époque où ce dernier officiait chez Merril Lynch. On y découvre que Blodget trouvait en interne le potentiel de certaines valeurs internet médiocres, mais que publiquement, il continuait de les encenser (il lui est arriver de qualifier « d’actions pourries » des actions qu’il recommandait en public). Il était également en relation étroite avec le département banque d’investissement et modifiait parfois ses analyses afin de satisfaire des clients potentiels de la banque d’investissement, ou de ne pas froisser ceux-ci. Grâce à l’influence de Blodget et sa renommée, le département banque d’investissement pouvait faire miroiter des analyses complaisantes à des sociétés du domaine Internet qui étaient des prospects ou des clients.

Dans au moins six cas, Blodget a publié des rapports qui ne correspondaient pas aux vues affichées lors de discussions avec ses collègues dans ses emails professionnels. Des exemples de compagnies comme Infospace, Media Inc etc Pendant toute la période couverte par l’enquête (1er janvier 1999 au 31 décembre 2001), Blodget n’a jamais noté en dessous de 3 une action qu’il étudiait pour le compte de Merril Lynch. (Le classement allait de 1 -acheter- jusqu’à 5 -vendre-, 3 étant la note correspondant à neutre). Ce n’est pas la compétence de Blodget qui est remise en cause (lui et son équipe suivaient attentivement les valeurs étudiées et connaissaient très bien leurs situations). Il est poursuivi pour avoir sciemment induit ses clients institutionnels et le grand public en erreur en leur conseillant d’acheter, accumuler ou conserver des actions de compagnies dont il savait en son for intérieur qu’elles pouvaient se « casser la figure », ou qu’elles allaient beaucoup moins bien que ne le laissaient croire les discours rassurants des dirigeants.

En 2003, Blodget est inculpé de fraudes et de violation de la réglementation fédérale sur les actions par la SEC. Il finit par trouver un accord avec celle-ci qui stipule que les charges retenues contre lui ne sont ni confirmées, ni infirmées. La somme totale qu’il doit débourser pour que l’affaire soit classée est de 4 millions de dollars (dont 2 millions de dollars d’amende). Il est en outre banni à vie du secteur de l’analyse financière. A l’époque, le magazine Forbes écrit que faire payer une amende à Blodget n’était pas la meilleure solution pour tourner la page car un procès où Blodget se serait expliqué aurait permis de mettre en lumière l’interaction entre les analystes financiers et les investisseurs. Il aurait également permis de savoir jusqu’où Blodget était allé dans ses analyses favorables afin de s’attirer les faveurs de clients pour la branche banque d’investissement de Merril.

Si Blodget n’a plus le droit de travailler pour une firme de courtage ou une société de conseil en analyse financière, du fait de son bannissement, il a néanmoins créé une société de conseil et d’analyse et édite Internet Outsider, un blog sur le monde de l’internet et sur la recherche. Il écrit aussi fréquemment pour les magazines Slate, Newsweek, et New-York.

En janvier 2004, il a ainsi couvert le procès de Martha Stewart pour le magazine online Slate. Ses articles furent bien accueillis, ce qui entraîna une poursuite de la collaboration entre lui et Slate. En juillet 2004, il commença une série d’articles intitulée « The Wall Street Self-Defense Manual », (dont il a récemment tiré un livre du même titre).

Dans ses articles, il était brièvement revenu sur sa carrière pour préciser qu’il « n’était pas neutre puisqu’il avait travaillé à Wall-Street pendant des années », et affirmait ne pas gagner plus annuellement qu’une secrétaire de Wall-Street : « sur une base annuelle, je touche moins qu’une secrétaire à Wall-street. Beaucoup moins. Je ne bénéficie pas non plus de tous les avantages auxquels elle a droit (couverture sociale, vacances, heures supplémentaires, bonus)- j’ai bénéficié de tous ces avantages quand j’étais à Wall-Street et ils me manquent, particulièrement les bonus. »

Blodget faisait également un petit descriptif de son portefeuille d’actions et rappelait qu’entre février et mars 2000, il avait investi 700 000 dollars dans des valeurs technologiques et Internet « quelques minutes avant l’explosion de la bulle », et de conclure en disant « j’aimerais vous dire que j’ai perdu cet argent parceque j’ai été escroqué, mais la réalité c’est que je l’ai perdu parceque rétrospectivement j’étais un mouton ».

Paul Monthe , Avril 2008

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