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JP Morgan (1837-1913), fondateur d’une banque de référence

Homme d’affaires le plus influent des Etats-Unis à l’orée du 20 ème siècle, John Pierpont Morgan sauva plus d’une fois le système financier américain et fut à l’origine de transformations profondes du capitalisme américain.

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Né le 17 avril 1837 à Hartford dans le Connecticut, John Pierpont Morgan est le fils de Junius Spencer Morgan et de Juliet Pierpont.

La carrière du financier Junius Spencer prend un autre tour lorsqu’il rencontre George Peabody, négociant de Boston, devenu l’un des plus éminents banquiers d’affaires londonien. Il devient son associé dès 1854 et prendra sa succession lorsque ce dernier se retirera en 1864.

Junius Morgan éduque son fils John Pierpont dans l’intention d’en faire son successeur et l’envoie effectuer ses études dans les meilleures institutions européennes. J P quitte ainsi le Connecticut et passe son adolescence dans un institut privé en Suisse, puis rejoint l’université de Gottingen en Allemagne à . A 15 ans il a déjà visité les principales villes du monde. Il est ainsi dès sa jeunesse exposé à un environnement international et sera toute sa vie aussi à l’aise à la City à Londres et en Europe qu’à Wall-Street à New-York.

En Allemagne, il achève ses études à l’âge de 20 ans. Il entre dans le monde de la finance à une époque où les Etats-Unis n’ont ni banque centrale, ni législation bancaire pointue. Morgan commence à travailler en 1857 comme comptable chez Duncan Sherman & Co, une institution financière qui représente George Peabody & Co aux Etats-Unis. Ce premier emploi familiarise Morgan avec le monde de la finance et il vit de près sa première faillite boursière déclenchée par l’effondrement de l’Ohio Life & Trust.

Il rejoint la firme familiale en 1861. Lors de la période tumultueuse que représente la guerre de sécession, il sert à la fois les bureaux de Londres et de New-York. Il gagne beaucoup d’argent pendant la guerre car la firme paternelle est représentante financière de l’Union en Grande-Bretagne. Morgan négocie des emprunts pour l’Union, finance des achats d’armement, spécule sur l’or..., puis crée une firme, Dabney, Morgan & Co spécialisée dans les titres de compagnies ferroviaires. JP Morgan prend une nouvelle dimension en s’associant avec Anthony Drexel lors de la création de Drexel, Morgan & Co (1871).

A 35 ans Morgan est déjà un financier très influent, mais n’est en réalité qu’au début de son ascension. Dans le secteur des lignes de chemins de fer, Morgan rachète les participations de certains actionnaires ou leur demande de céder leurs droits de vote. Il émet des emprunts obligataires à un taux que les lignes peuvent supporter et supprime les dépenses inutiles. Lui et ses associés parviennent peu à peu à prendre le contrôle de la majorité des lignes de chemin de fer. Il siège au conseil d’administration de dix grosses compagnies ferroviaires tandis que ses associés se répartissent dans une cinquantaine d’autres.

Dès 1898, Morgan contrôle plus de 78 400 km de voies ferrées, soit plus de la moitié des voies de chemin de fer existant alors aux Etats-Unis.

Parallèlement à ses participations dans les voies ferrées, Morgan effectue d’autres investissements qui affecteront le cours de l’évolution des Etats-Unis. Il commença ainsi en 1870 à financer les travaux de Thomas Edison (et de la fondation Edison General Electric Company) sur l’électricité ...Quelques années plus tard, en 1891, Morgan arrangera la fusion entre Edison General Electric et Thomson-Houston Electric Company, ce qui lui permettra d’éliminer la concurrence et de standardiser les équipements et services électriques.

En 1890 à la mort de son père, Morgan reprit J S Morgan & Co à Londres et à New-York (la firme George Peabody & co avait changé de nom après le départ de Peabody en 1864). Il renomma la société J P Morgan & Co en 1895. La firme travaille étroitement avec Drexel & Co de Philadelphie, Morgan, Harjes & Co à Paris et Morgan, Grenfell &Co à Londres.


John Pierpont Morgan crée la plus grande entreprise du monde !

En 1901 Morgan créa la plus grande entreprise du monde en fusionnant la Federal Steel Company et Carnegie Steel. La capitalisation de l’ensemble atteignait 1,4 milliards de dollars, une somme plus que colossale pour l’époque. Le rachat de Carnegie Steel par Morgan pour 480 millions de dollars éclipsa l’intronisation de Theodore Roosevelt comme président, survenant à une époque où le budget fédéral américain ne dépassait pas les 300 millions de dollars par an ! Morgan créa l’année suivante la firme International Havester, spécialisée dans la fourniture d’équipements agricoles qui deviendra un des géants américans du secteur.

Les succès financiers et la richesse de Morgan ne tardèrent pas à susciter des jalousies aussi bien au sein de l’opinion publique que chez les politiques qui trouvaient là un moyen de flatter l’opinion et de redevenir maîtres d’un jeu qui était dominé par les financiers.

Morgan était sous le feu des critiques alors qu’il avait paradoxalement rendu de grands services aux Etats-Unis en jugulant des crises financières à plusieurs reprises :

- En 1895 Morgan pris la tête d’un syndicat de banquiers qui fournit 100 millions de dollars en or au gouvernement alors que les réserves du pays diminuaient dangereusement du fait de la spéculation et de l’inquiétude des milieux d’affaires européens. Son intervention permis la reprise de la confiance et le retour de l’or en partance pour l’Europe. Le consortium de Morgan gagna 7 millions de dollars dans l’affaire.

- En 1907, Morgan aida à nouveau le gouvernement américain à résoudre une importante crise financière. La spéculation massive provoquée par des récoltes exceptionnelles les deux années précédentes, de même que l’effondrement de plusieurs grosses entreprises durant l’été avait entraîné la sortie de 3 milliards de dollars des banques. Les banquiers étrangers demandèrent le remboursement de leurs prêts au gouvernement américain.

Morgan rentra précipitamment de voyage et réunit chez lui les plus grands financiers de la nation. Mais devant l’absence de solutions et voyant qu’il ne pouvait guère compter sur le consortium , Morgan accepta que la chambre de compensation émette des certificats pouvant servir d’espèces aux banques les plus affaiblies (ses concurrents pouvaient donc se servir de ces certificats comme monnaie et rivaliser ainsi avec Morgan dont la banque était réellement riche en espèces). 15 millions de dollars furent ainsi utilisés le week-end suivant par les banques du consortium.

Quelques jours plus tard, Morgan trouva en 48 heures une solution pour la ville de New-York qui lui avait annoncé qu’elle était sur le point de faire faillite. Il avança encore 25 millions de dollars aux présidents des Trusts qui avaient besoin d’une infusion financière. Réunis chez lui, ceux-ci accèptèrent ses conditions et signèrent les reconnaissances de dettes préparées par son personnel.

Morgan avait sauvé les banques, le marché et forcé le président américain qui l’avait mis sur la sellette à faire des excuses humiliantes. Mais l’aide rendue aux Etats-Unis n’avait fait qu’accroître sa réputation de redoutable financier, et devant la pression de l’opinion, Morgan fut sur la fin de sa vie soumis à plusieurs enquêtes qui le rendirent amer.

Comme il est de coutume aux Etats-Unis, en tant que personnage riche et influent, Morgan avait donné une grande partie de sa richesse aux œuvres philantropiques, œuvres de charité, hôpitaux, écoles, et fut également un grand collectionneur. Quand il mourut à Rome en 1913, on découvrit que sa fortune personnelle ne dépassait pas les 75 millions de dollars (équivalents à au moins 3 milliards de dollars d’aujourd’hui) dont la moitié en oeuvres d’art, manuscrits, livres. L’essentiel de sa collection alla au Metropolitan Museum of Art.

Si on ne sait pas toujours que le nom "JP Morgan" fut celui d’un individu avant d’être celui d’un établissement financier, la banque JP Morgan demeure près de 100 ans après la mort de son fondateur une institution de référence dans le milieu de la banque d’investissement. Une belle récompense pour celui qui fut le financier le plus influent de son temps.

Paul Monthe , Mars 2008

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