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›  Interview 

Harilaos Loukos : « Nous nous voyons comme la référence en termes d’information climatique destinée aux professionnels de l’industrie et de la finance »

Première société technologique dédiée à la gestion du risque climatique, Climpact permet aux entreprises d’évaluer avec précision leur exposition au risque climatique. Expert en détection du signal climat et en structuration d’indices climatiques, Climpact met aujourd’hui ses outils au service de la finance !

Quelle est la genèse de Climpact ?

La Maturation du projet s’est faite autour des années 2000 à mon retour des Etas-Unis, l’idée avait commencé à germer avec l’événement « El nino » de 1998, les sécheresses en Australie, les précipitations en Californie, etc...
Beaucoup de météorologues commençaient à être débauchés par les compagnies d’assurance et de part mon métier de chercheur, je savais que de nouveaux types de prévisions allaient émerger, des prévisions allant au-delà de la prévision météorologique classique de 4 ou 5 jours : les prévisions seraient dorénavant à l’échelle hebdomadaire, mensuelle, etc...
Nous avions compris qu’il allait y avoir un besoin de traduction de l’impact climat dans le business du client.

Nous avons été soutenu par l’institut Pierre Simon Laplace (7 laboratoires 700 personnes), et nous avons été deux fois lauréat du Concours National de la Création d’Entreprise de Technologies Innovantes en émergence et en création deux années consécutives. Les subventions du concours, de l’ordre de 350K€ ont fait office de fonds d’amorçage.

Pendant deux ans, nous avons travaillé sur la partie immergée de l’Iceberg, c’est-à-dire sur l’infrastructure informatique et algorithmique, recueil de données, développement, et pilotes avec les clients.

A quel stade de votre développement vous situez vous ?

Nous avons parfaitement développé la partie fournisseurs d’informations aux industriels à l’échelle européenne et maintenant nous nous intéressons aux acteurs de la finance.

La partie industrielle nous donne des bases très concrètes pour la partie financière car elle nous fournit les éléments pour nous positionner comme les experts du déchiffrage de l’impact climatique sur l’activité économique.

Notre métier c’est aider les entreprises à mieux gérer les enjeux liés aux fluctuations climatiques sur leur activité. Nos compétences statistiques, nous permettent d’extraire de leurs données économiques, le signal climat. C’est cela notre savoir-faire principal.

Ca s’applique aux industriels, pour lesquels on extrait le signal climat de leur vente mais également à toute une série d’actifs financiers.

Par exemple, les actifs les plus météo sensibles sont les commodités agricoles et l’énergie. Les conditions météorologiques influencent la production des commodités agricoles (blé, maïs, céréales, coton, etc...) et la consommation de l’énergie (pétrole, gaz, électricité, émissions de carbone).

Mais concernant les actifs plus classiques, comme les actions, on observe également un signal climat dans le résultat de l’entreprise. Il suffit de lire un rapport annuel d’une entreprise pour retrouver des références aux conditions climatiques pour justifier une sur ou sous performance.

Le fait d’avoir travailler à la base avec l’entreprise nous permet de remonter sur le signal climat dans le prix d’une action. Notre force c’est de produire une véritable analyse quantitative, « produire un chiffre », et pas simplement dire « c’est mieux ou moins bien que d’habitude » !

Quels sont les outils que vous mettez à la disposition des clients ?

Nous sommes sur un modèle de fonctionnement très similaire à celui de l’industrie, nous proposons un abonnement à de l’information, sur un mode de dissémination qui passe soit par notre site web, soit en intégration directe dans le système du client.

Le produit c’est « l’impact climat », c’est ce signal climat sur l’activité ! Lorsque le client passe par notre site pour le télécharger, le visualiser, il dispose d’éléments d’analyse qui lui permette de mettre en évidence la façon dont le climat agit sur son activité. Ca c’est la partie web.

Certains industriels le mettent directement dans leur outil de prévision des ventes. Là ils intègrent plusieurs centaines d’indices avec derrière, un logiciel de gestion des stocks ou de prévison des ventes destiné à l’analyse et la prévision..

Votre modèle et vos prévisions collent-ils avec la réalité ? Avez-vous effectué un backtesting ?

D’un point de vue technologique, nous avons un positionnement d’intégrateur de prévision. On travaille sur le benchmarking des prévisions en nous fournissant chez plusieurs centres météorologiques européens ou américains...Puis, il y a toute la partie algorithmique, il faut mixer le tout de façon rapide, propre et efficace et en assurer la traçabilité.

La première étape, la calibration, consiste à vérifier la qualité des données à l’aide de la simulation, avant de passer en mode prévision. On vérifie que l’on a du signal climat. Ensuite, nous nous assurons de bien modéliser ces données et de reproduire leur variabilité. Ici nous sommes dans l’analyse statistique, faite de la façon la plus professionnelle qui soit, nous faisons en sorte que les modèles n’ « overfittent » pas les données grâce à des techniques de cross validation afin de s’assurer que les modèles sont robustes.

On analyse ensuite les produits et détectons s‘ils sont météo sensibles, puis à l’aide du backtesting, on observe ce qu’est susceptible d’apporter la prévision. Enfin, on quantifie l’apport de la prévision quotidienne, hebdomadaire et mensuelle afin de voir combien on gagne en précision. Rien que le fait d’avoir une démarche de quantification améliore le processus de prévision dans son ensemble.

Lorsque vous dites à un client, le climat représente 20% de l’évolution de votre volume de vente ce mois, alors qu’il l’avait chiffré à 10%, il sera amené à remettre en cause d’autres estimations.

Le client, améliorant ainsi sa compréhension, améliore le processus de prévision. Une information qui était auparavant purement intuitive et qualitative, devient quantitative et joue sur les autres paramètres également...

A certains clients, on va leur suggérer de ne pas utiliser le système de prévision à long terme parce que le signal est faible, pour d’autres on va le leur recommander car il est susceptible de leur apporter de la valeur. In fine, c’est toujours le client en connaissance de cause qui prend la décision en fonction de son aversion au risque.

Aujourd’hui, il va exister par exemple des produits dérivés climatiques ou le sous-jacent est la température, êtes vous capables de proposer aux banques un outil qui serait une sorte de benchmark, avec un indice « Climpact » qui remplacerait comme sous-jacent les indices utilisées traditionnellement à base de statistiques historiques ?

Oui, nous incluons cette partie « Dérivés » dans notre offre. Nous sommes d’autant plus intéressants pour les équipes commerciales des banques, que nous leur permettons de passer la phase conviction et d’alléger leur effort commercial. Elles n’ont plus à convaincre le client de son exposition climatique. Ayant déjà une base « clients », et un indice, qui peut prendre plusieurs formes, et déjà utilisé en mode opérationnel, la partie conviction ne se fait plus. Le directeur financier sait qu’il est dores et déjà météo sensible. En terme de démarche commerciale pour les banques, il n’y a plus qu’à avoir la cotation du prix. Nous avons validé au près d’acteurs du marchés tel que PARIS RE que les indices que nous utilisons pour les clients sont utilisables en tant que sous-jacent par des équipes de structuration ou de trading.

Aujourd’hui on inclut dans notre offre cette prestation d’intermédiation.

Quels sont vos "feedback" avec les réassureurs et les banques ?

Leur intérêt est fort, car on leur ramène du business. Ayant moins d’effort commercial a effectué, ils sont capables de diminuer le nominal sur le quel ils agissent. Et tous ces acteurs là, ont aujourd’hui des portefeuilles avec une exposition similaire. En hiver, ils ont des clients qui veulent se protéger contre un hiver « doux », et en été, des clients cherchant à se protéger contre un été sec. C’est le coté « agriculture », leur portefeuille a de ce fait un risque orienté ! Avec des industriels, les banques ont l’opportunité d’intégrer dans leur portefeuille des clients qui ont un risque contraire. Ils vont pouvoir à la fois augmenter leur volume d’affaires, mais également, mieux répartir le risque de leur portefeuille qui est une problématique pour l’ensemble du marché, car les profils de risque y sont peu diversifiés. Voilà l’enjeu de l’apport de l’industrie aux réassureurs.

Concernant votre offre aux gestionnaires de portefeuilles ou aux analystes, comment les convaincre de votre proposition ?

La question qu’ils doivent se poser est la suivante : Quel est le risque climat de mon portefeuille ? A-t-il un risque climat faible ou fort ? L’intérêt du gestionnaire est d’estimer s’il est capable ou non de dégager une plus value en exploitant un signal climat.

Un gestionnaire qui « trade » à une échelle de plusieurs années ne va probablement pas l’intégrer, à moins qu’il s’intéresse aux effets du changement climatique. Par contre un gérant plus dynamique va y regarder de plus près.

Prenons exemple sur ce qui s’est passé en été. Il n’a pas fait très froid, mais il a plu. Cela a joué sur toute l’industrie des boissons. On a pu observé un article dans la presse au titre suivant « L’été pourrit le titre de Danone » avec une révision du titre à la baisse par plusieurs banques. Et cela avant même que Danone annonce ses résultats, car Danone fait entre 27% et 30% de son C.A sur l’eau. Si un analyste a l’information « marché », et qu’il sait que l’impact climat sera de 20% en moins sur le volume de ventes au cours du trimestre, il peut en déduire les baisses de résultats escomptés. Une information quantitative lui permet derrière de prendre des positions. Sur une échelle de trois mois, un cours qui tombe de 2 ou 3%, c’est beaucoup. C’est un signal climat qu’il faut être capable d’exploiter sur des fluctuations court terme, disons à l’échelle du trimestre.

Concernant les « commodities », le gaz, pétrole ou émissions de CO2, l’effet climat est de plus en plus important. On voit même de plus en plus de hedge funds s’y intéresser. A titre d’exemple, Centaurus Energy utilisait des météorologues pour anticiper l’évolution du prix du gaz ! Etes vous capables de "packager" un service similaire à l’industrie des fonds travaillant sur les commodities ?

Oui, même si je doute que ce soit "packagé", car les hedge funds ont leur modélisation propre, leur savoir faire et leur technique d’arbitrage. Mais notre outil est susceptible de leur amener de l’information complémentaire afin d’améliorer leur performance. D’ailleurs nous avons déjà été contacté par des hedge funds pour avoir ce type d’approche. Il y a énormément de développement sur l’arbitrage climat dans ce milieu là justement que ce soit sur les matières premières qui sont en train de flamber ou sur les actions. Car, plus que tout autre, ils ont l’habitude culturellement et méthodologiquement d’exploiter des petites fluctuations des cours.

Comment voyez vous CLIMPACT sur un horizon de 3 ans ?

Nous nous voyons comme le blomberg/Reuters de l’information Climat, la référence en termes d’information climatique destinée aux professionnels de l’industrie et de la finance.

Comment voyez vous le futur de ce marché climatique ?

Il y a un marché naissant autour du risque climatique mais également autour des opportunités climatiques. Au niveau des rapports annuels, les entreprises annoncent généralement leurs résultats à taux de change constant, elles en viendront à dire, à environnement climatique constant, voici notre progression.
L’impact climat sera équivalent ou supérieur à l’impact taux de change ou des taux d’intérêt dans les résultats de nombreuses entreprises. Naturellement, elles finiront par utiliser des produits dérivés climatiques pour couvrir ce risque.

F.Y , Mars 2008

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