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Concilier transformation bancaire et réglementation prudentielle

la mise en place de nouveaux ratios de liquidité pourrait remettre en cause le métier de base de la banque, à savoir la transformation bancaire.

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Le fait d’éviter de revivre des crises de liquidité bancaires ne doit pas se faire au prix d’autres instabilités : difficultés de financement de l’économie et négation du rôle des banques

Il y a certes le financement désintermédié et le rôle des marchés financiers. Rappelons tout de même que 1e marché financier est naturellement le lieu où doivent se rencontrer des agents économiques à besoin de financement, des entreprises en général, et des agents économiques à capacité d’épargne, type particuliers.

Le problème, c’est que l’horizon des agents à besoin de financement est de plusieurs années (financements à long-terme de projets industriels) tandis que l’épargne des ménages doit être liquide et de court terme. Cette différence dans l’horizon de temps ne rend pas l’échange toujours possible ; c’est là que le financement intermédié apparaît et que les banques interviennent. Ce sont les seuls agents qui peuvent transformer des ressources court-terme (dépôts à vue et comptes courants des clients) en crédits à moyen terme et long terme à l’économie. Les banques établissent le pont nécessaire entre les ménages et les entreprises.

La transformation bancaire est inévitable et génère des risques ALM (risque de taux et risque de liquidité). La mise en place de nouveaux ratios de liquidité type NSFR (Net Stable Funding Ratio) veut obliger les banques à financer par des ressources stables (à plus de 1 an) une part significative de leurs actifs longs dans un contexte de crise et sous hypothèses de stress à horizon d’un an

Certes le régulateur élimine une bonne partie du risque de liquidité géré par les banques et qui avait conduit à la faillite de Northen Rock en septembre 2007 et au cataclysme de septembre-octobre 2008 (défaut Lehman et mise en place de plans de sauvetage du système bancaire partout dans le monde)
Mais il ne sert à rien de résoudre ce problème si cela revient à en créer 3 nouveaux

1. déstabilisation du passif des banques avec une folle course aux dépôts et un renchérissement structurel et durable du coût de la liquidité levée sur les marchés sous toutes ses formes ; et donc financement plus coûteux pour toute l’économie.

2. risques de réemergence d’une ingénierie financière structurée mal maîtrisée avec le développement de nouvelles formes de titrisation ; dans le seul but pour les banques de transférer du risque de crédit à d’autres acteurs de l’économie , d’économiser de la liquidité et des fonds propres …Avec toutes les dérives que l’on a pu connaître entre 2002 et 2007 ( car il y aura des bons risques transférés mais aussi des mauvais ..)

3. Et puis surtout imposer l’adossement de financements « longs » aux crédits à moyen et long terme reviendrait tout simplement à rendre les banques inutiles (puisqu’elles font de la détransformation, donc l’inverse de leur métier de base) et amputerait les établissements de crédit d’une bonne partie de leur produit net bancaire avec une marge nette d’intermédiation négative. Exemple : un crédit immobilier 20 ans classique mis en place début 2010 aura généré sur l’exercice dernier une marge de l’ordre de 2.30%

  • 2.80% de marge de transformation due à l’écart de taux entre le taux client et le coût de refinancement de la banque aux conditions du marché monétaire ;
  • -0.50% de marge commerciale liée à l’écart entre le taux client et le taux de cession interne (taux normatif représentatif des conditions de refinancement de l’établissement si celui-ci avait dû refinancer le crédit sur l’ensemble de la période)

Remettre en cause la transformation, c’est donc de fait en supprimer la marge et se contenter de marges commerciales négatives ; ou qui redeviendraient positives au prix d’une explosion à la hausse des taux de crédit dans le cadre d’une action concertée de l’ensemble de la profession bancaire

Il est certes nécessaire de renforcer la réglementation prudentielle des banques pour éviter les crises financières systémiques ; mais cela ne veut pas dire qu’il faut mettre en place des dispositifs qui vont rendre les banques inutiles ou/et pénaliser fortement le financement de l’économie. Nous verrons dans un prochain article quelles mesures et dispositifs peuvent être mis en place pour concilier sécurité du système et développement du crédit.

Mory Doré , Février 2011

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