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Stanley O’neal : Des champs de coton à Wall Street...

Lorsqu’en 2002 David Komansky, l’ex pdg de Merril Lynch annonça que Stanley O’neal lui succéderait, le New York Times résuma ainsi l’événement historique : « once traded, now trading »...

Pour Stanley O’neal c’était presque vrai. Petit fils d’esclave, Stanley O’neal est né dans l’Alabama rural et a grandi à Wedowee, une bourgade rurale et agricole de 800 habitants, située à 85 miles de Birmingham, ville rendue célèbre par les manifestations menées par Martin Luther King dans les années 60. Ni son background familial, ni ses débuts dans le monde professionnel ne le prédisposaient à devenir le PDG de Merril Lynch.

La maison familiale n’avait pas l’eau chaude, sa mère travaillait comme domestique et son père comme métayer dans une ferme avant de s’installer en Georgie où il avait trouvé un job comme ouvrier chez General Motors.

Bon élève, le jeune Stanley O’neal n’a pas beaucoup de temps pour se consacrer aux activités extra-scolaires à cause des travaux ménagers et petits boulots qu’il effectue après les heures de lycée.

O’neal se rappelle avoir fréquenté des écoles où la ségrégation raciale avait cours. A l’âge de 16 ans, il lui arrivait encore de ramasser le coton pour 3 dollars les 45 kilos !

Il commença à travailler sur les chaînes de montage chez General Motors suivant en alternance des cours au General Motors Institute, institut de formation interne du géant automobile. Il se fit remarquer grâce à son "esprit merveilleusement organisé" selon les termes d’un de ses professeurs . Bien des années plus tard, lors d’une interview accordée à une publication des anciens de la Harvard Business School, O’neal dira : « mon père me répétait toujours que je n’étais pas fait pour le travail de la ferme. Je ne l’ai jamais pris comme une insulte ».

Après avoir passé deux années comme superviseur de la ligne de montage de l’usine, il fut admis à la Harvard Business School . Naturellement, après avoir obtenu son MBA, il réintégra General Motors dans le département trésorerie, fit un séjour en Espagne comme trésorier de GM. Il revint à New-York après l’épisode ibérique avant d’être débauché par Merril Lynch en 1986. Il avait alors 36 ans et n’avait jamais travaillé dans une banque d’investissement.

Ses premières années chez Merril Lynch se firent dans un relatif anonymat, mais lorsque vinrent les promotions, O’neal monta toujours dans les bons wagons. Son étoile commença à briller lorsqu’il prit la direction du « High Yield Finance Group » chez Merril en 1991. Sous sa direction, Merril devint numéro un dans ce domaine à Wall-Street. En 96, il avait atteint la position de responsable du « Capital Markets Group », et en 97 devint co-responsable du « Corporate and Institutional Client Group ».

En 1998, David Komansky approcha O’neal pour lui proposer le poste de directeur financier, ce qui lui donnait la responsabilité de domaines aussi variés que la fiscalité, la gestion des risques, la comptabilité, la finance, le budget...O’neal répondit à Komansky qu’il « n’avait même jamais regardé le bilan de la banque », ce à quoi Komansky lui répondit « Eh bien peut-être que vous devriez ».

"Chasseur d’opportunités", O’neal prit le poste en février 1998, quelques mois avant que la Banque ne subisse de plein fouet une importante crise financière suite à la faillite du fameux fonds LTCM (4 milliards de dollars de pertes qui menaçaient de déclencher une crise mondiale). O’neal fut chargé de s’occuper des répercussions causées par la chute du fonds chez Merril Lynch et fit partie d’une équipe de banquiers de haut rang qui avec la FED injectèrent 3,5 milliards de dollars d’urgence afin d’enrayer la crise. Au troisième trimestre 98, Merril Lynch enregistra dans ses comptes une perte de 164 millions de dollars liée à l’affaire LTCM.

En 2000, O’neal alors âgé de 50 ans fut nommé au poste de président du « US Private Client Group », une division générant plus de la moitié du chiffre d’Affaires de Merril Lynch, ce qui déclencha une spéculation au sein de la communauté financière, certains interprétant cette nomination comme la preuve qu’O’neal était pressenti pour succéder à David Komansky à la tête de Merril Lynch. D’autant que Komansky ne manquait pas de dire tout le bien qu’il pensait de son potentiel successeur : "Stanley O’neal a excellé à chaque poste qu’il a occupé chez Merril Lynch, il a une excellente approche stratégique et la capacité de motiver et diriger les gens". déclara t-il ainsi publiquement.

O’neal le petit fils d’esclave allait devenir PDG de la prestigieuse banque d’affaires.

En 2001, il passa Chief Operating Officer, c’est-à-dire numéro 2 de Merril Lynch. En 2002, David Komansky annonça qu’O’neal lui succéderait. O’neal devint CEO (PDG) en décembre 2002, avant de devenir également Chairman (Président du Conseil d’administration) en avril 2003.

Souvent décrit comme un « coupeur de coûts », O’neal avait réfuté ce qualificatif qu’il considérait comme trop réducteur, en disant qu’on ne « réussissait pas dans la banque d’investissement en étant simplement un coupeur de coûts ». « J’ai passé les 12 premières années de ma carrière dans le monde de la banque d’investissement à servir des clients, à faire rentrer du business et du chiffre d’affaires. Personne au cours de ces douze années n’aurait pensé à m’affubler du surnom de « coupeur de coûts ».

Le parcours de Stanley O’neal montre qu’il est possible d’atteindre les sommets même en emprutant des chemins atypiques quand on a les compétences, la volonté, la capacité de travail et qu’on sait provoquer la chance et saisir les bonnes occasions. « Quand je compare la vie que j’ai maintenant à celle que j’avais lorsque je vivais à Wedowee, il me semble que j’ai eu beaucoup de chance. A certains moments, je suis même un peu surpris ».

Paul Monthe , Mai 2008

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