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Regarder autrement les marchés émergents

Au cours de la période récente, une partie significative des investissements boursiers dans les marchés émergents s’est faite par le biais d’ETF ou de fonds indiciels, pariant sur une croissance économique toujours dynamique. Cette période est révolue...

La crise financière, les interrogations sur la croissance et le raccourcissement des cycles obligent aujourd’hui les investisseurs à privilégier une approche plus active, centrée sur la sélection de valeurs. Les pays émergents vivent une mutation de leur modèle économique, ce qui nécessite pour tout investisseur une connaissance très fine de leurs tissus industriels, des entreprises et de leurs équipes de direction, ainsi que la typologie des intervenants sur leur marché domestique. Les craintes d’effets de contagion de la crise de la zone euro à l’ensemble de la planète ont secoué l’ensemble des places boursières. Sur les marchés émergents, la correction a pris une telle ampleur, que certains secteurs d’activité et certaines valeurs affichent des niveaux de valorisation anormalement bas.

C’est le cas de certaines valeurs bancaires chinoises qui ont été affectées par les craintes liées au système bancaire de l’ombre (« shadowbanking system »). Les investisseurs anticipent une hausse du coût du risque, sous l’effet du transfert de créances douteuses. Mais ces craintes sont plus que prises en compte par le marché. Certains titres bancaires, comme Bank of China Ltd, affichent aujourd’hui un ratio cours sur bénéfice 2012 de 5x, relativement bas au regard de sa croissance bénéficiaire attendue par le consensus. D’autres valeurs comme Jardine Strategic (conglomérat coté à Singapour) ou China Mobile présentent le même type de sous-évaluation.

En Inde, la croissance économique devrait ralentir (7,5% l’an prochain selon le consensus), mais la capacité bénéficiaire des firmes est sous-estimée par le marché. En 2009, les résultats des grandes sociétés cotées sont restés stables alors que le marché avait perdu plus de 60% en 2008. Certains secteurs d’activité comme la consommation domestique (Hindustan Unilever), les banques de détail (HDFC Bank Axis Bank,) ou les véhicules bon marché (Bajaj Motors) sont tirés par le dynamisme de l’économie indienne.

Au Brésil, on observe une croissance économique solide (autour de 4%), tirée par le gigantesque programme d’infrastructures (Coupe du Monde ,J.O.). Cette tendance profite à certaines valeurs bancaires (Banco Itaú), certaines valeurs industrielles (Millls, Gerdau) et au secteur de la production d’énergie (AES Tietê, Tractebel Energia).

Le processus de désendettement engagé dans les pays développés va obliger les émergents à rééquilibrer leur modèle de croissance vers leur marché domestique. La dynamique de croissance est intacte et ces pays présentent une situation financière solide. Cette situation paradoxale a d’ailleurs commencé à être corrigée. Lors du rebond d’octobre sur les marchés financiers, les Bourses émergentes ont fini largement en tête. Récemment, elles ont enregistré les plus fortes entrées de capitaux depuis le mois d’avril, avec 3,5 milliards de dollars. De grands investisseurs institutionnels sont en train de revoir leur allocation stratégique en renforçant la place des émergents dans leurs portefeuilles.

A fin octobre, les actions émergentes se traitaient en moyenne sur la base d’un multiple de résultat 2012 de 9,6x contre 11,2x pour les marchés développés, pour une croissance bénéficiaire quasi-équivalente, mais un rendement du dividende et une rentabilité des fonds propres supérieurs (respectivement 3,1% contre 2,8% et 14,9% contre 13%). Les investisseurs reconnaissent sans discuter le rôle croissant de ces économies dans la croissance mondiale. Ils devraient en toute logique reconsidérer leur exposition à ces marchés.

Emmanuel de Sinety , Laurent Deltour , Novembre 2011

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