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Philippe Desfossés : « Notre approche ISR présente deux avantages, l’absence de biais sectoriels et l’investissement dans tous les secteurs »

Philippe Desfossés, Directeur de l’ERAFP (Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique), 1er fonds de pension public français, nous présente leur gestion 100% ISR et leur approche Best In Class...

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Pouvez-vous nous présenter l’ERAFP ?

Philippe Desfossés : L’ERAFP gère le régime de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP). Il s’agit d’un régime de retraite obligatoire, par capitalisation, institué au bénéfice des fonctionnaires de l’Etat (civils et militaires), des collectivités locales, des hôpitaux ainsi que les magistrats. Mis en place en 2005, le RAFP permet le versement en sus de la pension principale d’une prestation additionnelle. L’ERAFP est aujourd’hui l’un des plus importants fonds de pension publics au monde en termes d’affiliés avec environ 4,6 millions de bénéficiaires cotisants, 41 000 employeurs cotisants et près de 1,7 milliards d’euros de cotisations collectées par an.

Le RAFP est soumis à une réglementation prudentielle exigeante qui dispose que :
- les engagements du régime à l’égard de ses bénéficiaires doivent être couverts par des actifs d’un montant au moins équivalent, sachant qu’à ce jour le taux de couverture est évalué à environ 112%, - la valeur actuelle probable de ces engagements doit être calculée en utilisant, dans une démarche prudente, un faible taux d’actualisation (1,7% en 2011) déterminé chaque année par le Conseil d’administration de l’ERAFP.

Il est important de noter que l’horizon d’investissement de l’ERAFP s’inscrit dans une perspective de long terme et non dans une logique de maximisation du rendement immédiat. La montée en charge du Régime lui assure en effet des flux de trésorerie positifs (1,7 milliards d’euros par an actuellement) sur une longue période, ce qui permet de porter les actifs en portefeuille sans avoir à les céder pour payer les prestations.

Ainsi, plutôt que d'exclure des secteurs polluants comme la sidérurgie ou l'énergie, dont on doit admettre que nous aurons besoin encore longtemps, cette approche permet de promouvoir les entreprises les plus responsables au sein de ces secteurs.
Philippe Desfossés

Pourquoi avoir fait le choix d’une politique d’investissement 100% ISR ?

La politique de placement initiée par le conseil d’administration de l’ERAFP a eu pour objectif, dès 2005, de concilier dans une même approche performance financière, maîtrise des risques et engagement socialement responsable. Le choix d’un dispositif « 100% ISR » est ainsi au cœur de la politique et du processus d’investissement de l’ERAFP, ayant vocation à s’appliquer à toutes les classes d’actifs et à tous les actifs.

En 2006, une Charte relative à l’ISR a été adoptée car « le Conseil d’administration [de l’ERAFP] considère que les placements effectués sous le seul critère du rendement financier maximum ignorent les conséquences sociales, économiques et environnementales. A l’inverse, en effectuant des placements sur la base des valeurs qu’il a retenues (….), le Conseil entend à la fois valoriser les activités, entreprises, collectivités publiques et Etats qui sont en conformité avec ce référentiel de valeurs et peser pour en faire progresser la prise en compte ».

Cette Charte définit 5 domaines de valeur (Etat de droit et droits de l’homme, Progrès social, Démocratie sociale, Environnement, Bonne gouvernance et transparence) et 3 critères d’exclusion par principe (Peine de mort -Torture – Enfants soldats) de manière à établir un référentiel pour chaque catégorie d’émetteurs (actions ou obligations) construit à l’aide d’agences de notation sociale (en l’occurrence, Vigeo) afin de permettre le filtrage de l’univers d’investissement.

En quoi votre approche ISR se distingue de la concurrence ? Pouvez-vous nous parler en particulier de votre approche Best In Class ?

Notre Chartre a retenu une approche Best-In-Class, c’est-à-dire favorisant les meilleurs investissements d’un point de vue ISR, ce qui présente deux avantages : l’absence de biais sectoriels et l’investissement dans tous les secteurs. L’objectif est d’inciter chacun des émetteurs à progresser. Cette approche pragmatique et dynamique part du principe qu’il faut prendre le monde tel qu’il est en acceptant qu’il ne pourra pas être changé du jour au lendemain mais avec l’ambition de faire progresser les valeurs de notre charte ISR dans chaque secteur.

Cela signifie concrètement :
- favoriser les émetteurs les plus responsables parmi un groupe d’acteurs comparables (en termes de taille, de secteur d’activité et de zone géographique),
- valoriser les progrès réalisés en accordant des bonifications aux émetteurs ayant progressé

Ainsi, plutôt que d’exclure des secteurs polluants comme la sidérurgie ou l’énergie (dont on doit admettre que nous aurons besoin encore longtemps), cette approche permet de promouvoir les entreprises les plus responsables au sein de ces secteurs.

L'originalité du FTSE EDHEC-Risk Efficient ERAFP SRI Index est de sélectionner ses composants en fonction de leur couple rendement/risque et non selon leur capitalisation boursière; l'idée étant d'attribuer plus de poids aux titres contribuant positivement au ratio de Sharpe de l'indice.
Philippe Desfossés

Pouvez vous nous en dire plus sur votre partenariat avec l’Edhec à propos de votre indice socialement responsable ? Quelle est l’originalité de cette approche ?

Avec 100% de placements ISR, l’ERAFP se positionne au premier rang des investisseurs français ISR. A ce titre, nous sommes engagés dans des initiatives favorisant la concertation entre investisseurs et la recherche en matière d’ISR. Notre partenariat avec l’Edhec s’inscrit dans cette logique. C’est ainsi que depuis 2009, nous avons travaillé en étroite collaboration afin de mettre en place un indice actions ISR Best In Class (« FTSE EDHEC-Risk Efficient ERAFP SRI Index »). L’originalité de cet indice est de sélectionner ses composants en fonction de leur couple rendement/risque et non selon leur capitalisation boursière ; l’idée étant d’attribuer plus de poids aux titres contribuant positivement au ratio de Sharpe de l’indice.

Ishares a lancé deux ETFs sur le thème du développement durable (iShares Dow Jones Global Sustainability Screened et iShares Dow Jones Europe Sustainability Screened). Est-ce que ce type d’ETF est susceptible de répondre à vos besoins ?

Dans l’absolu, ces deux ETF pourraient répondre à nos besoins. Toutefois, nous préférons construire nos propres méthodes de sélection à travers une approche sur-mesure.

En vertu de nos contraintes réglementaires actuelles, l'ERAFP investit à hauteur de 65% minimum en obligations (souveraines, d'entreprises, de collectivités territoriales et d'organismes supranationaux), 25% maximum en actifs de diversification (actions) et 10% maximum en immobilier.
Philippe Desfossés

Quelle est votre politique d’allocations d’actifs et de gestion des risques ? Votre approche exclut-elle automatiquement tous les investissements alternatifs (Hedge funds, insurance linked products, private equity, immobilier) ?

Notre politique de gestion d’actifs est prudente et sécurisée. En vertu de nos contraintes réglementaires actuelles, l’ERAFP investit à hauteur de 65% minimum en obligations (souveraines, d’entreprises, de collectivités territoriales et d’organismes supranationaux), 25% maximum en actifs de diversification (actions) et 10% maximum en immobilier. 90% minimum de nos actifs doivent être libellés en euros. Il est important de préciser que nous ne gérons en direct que la partie obligataire de notre portefeuille, le reste étant délégué à des sociétés de gestion externes, en particulier notre poche actions.

Au 31 décembre 2011, l’allocation d’actifs était la suivante :
- Obligations : 76,6%
- Actions : 19,3%
- Liquidités : 4,1%

Concernant les investissements alternatifs que vous mentionnez, pour l’heure nous avons fait le choix d’investir dans l’immobilier. C’est pourquoi, nous lançons une consultation auprès d’entreprises d’investissement pour l’attribution de deux mandats de gestion dans ce domaine : un lot d’actifs immobiliers non côtés situés en France et un lot d’actifs immobiliers non côtés situés en Europe, tous deux, en cohérence avec le choix d’un investissement 100% ISR. Notre stratégie d’investissement repose essentiellement sur l’investissement dans des actifs immobiliers générant un rendement locatif stable mais pourra également conduire les gérants à investir dans des actifs à restructurer afin d’améliorer leur performance ISR.

Quelles sont vos performances depuis votre création en 2005 ?

Depuis sa création en 2005, le rendement technique de la RAFP ressort à 4,075% au 31-12-2011.

RF , Février 2012

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