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La transition du modèle économique chinois

La Chine met en œuvre des mesures visant à une refonte en profondeur de son modèle économique. Selon Christophe Morel, Chef Economiste chez Groupama AM, outre l’émergence du consommateur chinois, ces mesures devraient permettre une montée en gamme et en valeur ajoutée de l’industrie chinoise…

La Chine met en œuvre des mesures visant à une refonte en profondeur de son modèle économique. Cette transition s’effectue selon un triple axe  :
1) D’abord, un pas supplémentaire vers un système capitaliste et une économie de marché.
2) Le passage d’un modèle de croissance reposant sur les exportations à un modèle reposant sur l’urbanisation.
3) Un rééquilibrage de la croissance plus favorable aux consommateurs.

Un pas supplémentaire vers un système capitaliste et une économie de marché.

La Chine opère progressivement le passage d’un système où le mode d’organisation collectif (l’État, l’entreprise) était le vecteur des priorités politiques vers une économie où l’individu sera davantage reconnu  :

  • D’abord, les droits individuels (droits du travail, droits de la propriété privée avec la réduction des barrières aux transactions) progressent, ce qui est la caractéristique d’une transition vers un système capitaliste.
  • Ensuite, les autorités chinoises permettent progressivement l’expression de la «  vérité des prix  », ce qui est la caractéristique d’une économie de marché. Par exemple, le prix de l’épargne – le taux d’intérêt – longtemps sous-rémunéré de façon à permettre aux entreprises publiques de se financer à bon compte, sera progressivement libéralisé. Cela permettra de réduire le transfert implicite de revenus des ménages vers les entreprises et l’État.

    Le développement du shadow banking répond d’ailleurs à cette logique de «  vérité des prix  » et comporte paradoxalement des effets vertueux en assurant une meilleure allocation des ressources que ne le permettait le système d’administration de l’épargne.

Le passage d’un modèle de croissance reposant sur les exportations à un modèle reposant sur l’urbanisation.

La Chine a opéré une transition fondamentale lors de son adhésion à l’OMC qui lui a permis d’intégrer les circuits de production internationaux, et de reposer son modèle de croissance sur les exportations. Poussé à l’extrême, ce modèle a conduit à des surcapacités (notamment dans les secteurs de l’acier, du ciment et de la construction navale).

La transition chinoise consiste à basculer d’un modèle de croissance fondé sur l’externe à un modèle de croissance plus domestique reposant notamment sur l’urbanisation.

La Chine a connu une urbanisation très rapide sans politique d’urbanisme. Depuis 1990, les villes chinoises ont absorbé 430 millions d’habitants supplémentaires sans que les réformes à un développement urbain harmonieux n’aient été prises. Désormais, il s’agit de mettre fin au modèle antérieur d’étalement urbain et de densifier les villes. Cependant, la raréfaction des terres et des biens disponibles a engendré un accroissement des prix immobiliers.

Un rééquilibrage de la croissance plus favorable aux consommateurs.

Cette nouvelle forme d’urbanisation s’accompagnera de mesures sociales destinées à réduire les inégalités, et permettant de fait d’accorder plus de poids aux ménages et à la consommation. En parallèle, d’autres évolutions vont soutenir le ménage chinois  :

  • L’accroissement de la main d’œuvre disponible (croissance de la population, migrations internes) a longtemps maintenu les salaires à un bas niveau. Mais l’inversion de ce processus est engagée. D’ailleurs, la croissance des revenus des ménages dépasse depuis plusieurs trimestres celle de l’économie.
  • Le gouvernement a renforcé les crédits qui seront alloués aux ménages, au travers de l’éducation (effort supplémentaire de 2,8 points de PIB par an jusqu’en 2030) et de la redistribution (faire bénéficier plus de personnes de la sécurité sociale).

Outre l’émergence du consommateur chinois, ces mesures devraient permettre une montée en gamme et en valeur ajoutée de l’industrie chinoise. Reste que cette transition, constituant une rupture par rapport au modèle précédent, prendra du temps.

Ces changements créeront des gagnants et des perdants, ce qui ne sera pas sans risque en termes de stabilité politique et sociale.

Christophe Morel , Juillet 2014

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