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La réforme fiscale de Trump : un protectionnisme suranné qui pèsera sur la croissance américaine

D’après le projet de réforme fiscale présenté devant le Congrès américain, les biens et les services produits à l’étranger pourraient être taxés de 20%. Avant même d’inquiéter les entreprises étrangères commercialisant leurs produits aux Etats-Unis, cette mesure devrait davantage effrayer les ménages américains.

D’après le projet de réforme fiscale présenté devant le Congrès américain, les biens et les services produits à l’étranger pourraient être taxés de 20%. Avant même d’inquiéter les entreprises étrangères commercialisant leurs produits aux Etats-Unis, cette mesure devrait davantage effrayer les ménages américains. Ce sont eux qui risquent de faire les frais de cette hausse substantielle de taxes sur les produits étrangers sans obtenir de réelles contreparties sur leur pouvoir d’achat. Explications.

Trump souhaite rapatrier une partie de l’appareil productif en relocalisant les emplois sur le territoire américain. La taxe à 20% sur les biens produits à l’étranger s’inscrit dans une réforme plus globale qui prévoit, par ailleurs, de réduire le taux d’impôt sur les sociétés de 35% à 20% et de simplifier l’imposition pour les ménages en ramenant le nombre de tranches à trois (35%, 25%, 12%), contre sept actuellement.

Si une première question se pose sur la réelle capacité d’imposer une telle taxe sans être en violation des règles de l’OMC, reste que plus globalement les incohérences de cette réforme risquent de précipiter l’économie américaine en récession.

En effet, cette réforme qui s’apparente à une vaste politique expansionniste, arrive à contre-courant dans le cycle économique. L’efficacité d’une relance par la baisse d’impôts est démontrée en période récessive. Il est vrai, que lorsque l’économie s’essouffle, redonner du pouvoir d’achat aux ménages et des capacités d’investissement aux entreprises, s’avère être une politique efficace en particulier lorsque l’Etat dispose de marges de manœuvre suffisantes. Encore faut-il s’assurer que le solde budgétaire soit positif grâce à des excédents accumulés durant les périodes de croissance.

Or, la situation conjoncturelle aux Etats-Unis défie toutes les hypothèses de départ et remet en cause l’utilité d’une telle politique. D’une part, l’économie américaine demeure en haut de cycle et d’autre part, le déficit public atteint déjà 3% du PIB. La croissance économique est restée positive sans discontinuer depuis 2009, atteignant 3% sur les deux derniers trimestres. La consommation reste dynamique à 2,4% de hausse sur les mois d’été après 3% au second trimestre. La confiance des consommateurs est au plus haut depuis 2000 et le taux de chômage est tombé à son niveau de plein emploi.

Trump défie la théorie économique

La décision de Donald Trump de stimuler, par sa réforme fiscale, la croissance au-delà de son potentiel de long terme, semble quelque peu absconse d’autant que le déficit budgétaire limite ses marges de manœuvre. Le Président risque par cette mesure d’entraîner, de facto, un creusement du déficit public tout en amplifiant les inégalités sociales sans même pouvoir enclencher de regain d’activité.

Rappelons que, face à la baisse massive d’impôt, Trump ne prévoit pas de recul substantiel des dépenses publiques. Pour assurer le financement de son programme, Il faut donc s’attendre à un risque d’emballement de la dette américaine et par effet ricochet, à une hausse des taux d’intérêt obligataires. Cette progression des taux ne sera pas sans conséquences sur les pays émergents qui émettent de la dette en dollars.

Le risque de contagion et de déséquilibre sur cette zone est donc non négligeable. Par ailleurs, une hausse des taux américains risque de faire pression à la hausse sur le dollar avec des effets contre-productifs sur la croissance américaine.

Le consommateur final sacrifié

Par ailleurs, avec une taxe de 20% sur les produits « importés », faut-il vraiment s’attendre à un transfert de la production des entreprises étrangères sur le sol américain ? Rien n’est moins sûr. Les coûts de la main d’œuvre américaine vont peser sur les entreprises étrangères qui risquent de répercuter ce manque à gagner sur les prix de la consommation finale. Les entreprises qui ne produisent pas localement vont donc arbitrer entre l’application d’une taxe de 20% sur leurs produits et la relocalisation de leur production impliquant la hausse des coûts. Dans tous les cas, les prix vont augmenter et c’est donc le consommateur final qui en fera les frais.

Ensuite, la hausse de l’inflation risque d’obliger la Reserve Fédérale (Banque centrale américaine) à mener une politique monétaire plus restrictive avec des hausses successives de ses taux directeurs. Ce qui, in fine, produira l’effet inverse à celui annoncé par Donald Trump. Une hausse trop brutale des taux d’intérêt porterait un coup d’arrêt à la croissance aux Etats-Unis. Au final, cette réforme fiscale, qui contient de nombreuses incohérences et incertitudes, risque davantage de précipiter l’économie américaine en récession que de rehausser son potentiel de croissance.

Stéphanie Villers , 13 novembre

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