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Géopolitique : analyse par scénario et implications pour les marchés

Des tensions géopolitiques dues au monde multipolaire ? Au cours des derniers mois, les risques géopolitiques ont explosé. N. Hechler-Fayd’herbe, responsable de la stratégie de placement, analyse les causes, scénarios et implications pour les marchés financiers.

Cushla Sherlock : La géopolitique fait de nouveau la une de l’actualité. Pour quelles raisons essentielles et quelles sont les zones sensibles ?

Nannette Hechler-Fayd’herbe : Nous estimons que les récents développements géopolitiques sont dus à l’émergence d’un monde multipolaire : un monde où différents pôles d’intérêts économiques sont soutenus par une faculté de s’imposer militairement. Les trois régions de tensions principales sont l’Ukraine, en conflit avec la Russie, le Moyen-Orient et la mer de Chine.

Concernant l’Ukraine, quels sont les différents scénarios possibles et leurs implications pour les marchés financiers ?

Du point de vue des marchés financiers, il existe trois scénarios possibles avec des implications différentes.

Le scénario le plus probable est la persistance de la situation délicate actuelle maquée par de vives tensions, mais sans escalade majeure – ni économique, ni militaire. Ce scénario, s’il change légèrement le niveau d’incertitude avec lequel les investisseurs doivent composer, ne modifie pas les fondamentaux.

Nous en voyons deux autres qui pourraient davantage changer la donne. Une escalade du conflit constituerait un scénario négatif. Une escalade militaire en Ukraine par exemple, sur fond de recrudescence des sanctions occidentales envers la Russie, auxquelles celle-ci répondrait alors par des ruptures de l’approvisionnement en gaz. Ce scénario changerait significativement les perspectives de l’Europe, et éventuellement aussi celles de la Réserve fédérale. Une telle évolution jetterait un autre éclairage sur les investissements obligataires. Le dernier scénario, plus positif, serait une résolution diplomatique du conflit. Dans ce cas, tous les actifs ayant pâti de l’incertitude connaîtraient un rebond rapide. Les actifs risqués en général, et en premier lieu les actions, seraient alors privilégiés.

Quelle est votre opinion sur les développements actuels au Moyen-Orient et quelles en sont les conséquences pour les investisseurs ?

Le Moyen-Orient est très important en raison de son influence sur la production de pétrole. Trois scénarios différents sont ici à prendre en considération. Le premier correspond essentiellement à ce que nous observons en Irak depuis quelques semaines. Nous sommes extrêmement attentifs à la situation dans ce pays, car l’Irak est un producteur de pétrole important. Ce scénario impliquerait essentiellement la scission de l’Irak en trois parties et serait toujours caractérisé par de vives tensions, mais sans choc réel sur les prix du pétrole. Le second scénario, plus négatif pour le Moyen-Orient et l’Irak en particulier, serait la prise de pouvoir par l’État islamique en Irak et au Levant, avec une perturbation substantielle de la production pétrolière.

Cette situation pousserait les prix du pétrole à la hausse et modifierait les données économiques mondiales, avec une intensification des pressions inflationnistes et des perspectives de croissance plus faibles.

Le troisième scénario, plus positif, serait un gouvernement d’union nationale en Irak. L’appétit pour le risque reprendrait alors, avec probablement des prévisions plus modérées pour les prix du pétrole.

Les tensions en mer de Chine ont été aussi récemment sous les feux de l’actualité. Comme caractériseriez-vous la situation et les perspectives d’investissement dans cette région ?

La Chine a durci sa stratégie. Cependant, nous pensons que la probabilité d’une crise sévère est relativement faible à court terme en mer de Chine. A moyen terme, cela pourrait être différent. Si une crise éclatait, les marchés d’actions asiatiques seraient probablement négativement impactés.

Cushla Sherlock , Septembre 2014

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