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Enron ou l’histoire d’une faillite retentissante

Entreprise la plus innovante des Etats-Unis pendant plusieurs années consécutives, Enron fit faillite en 2001 provoquant une évolution de la réglementation financière et comptable aux USA.

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Enron est une firme issue de la fusion entre Houston Natural Gas et Internoth of Omaha en 1985. Le métier de base de l’entreprise est la transmission et la distribution d’électricité et de gaz dans tous les Etats-Unis ainsi que le développement, la construction et la gestion de centrales électriques, de pipeline et d’autres infrastructures liées au secteur de l’énergie ou de l’électricité.

Lors de ses premières années, la société collabore avec une autre entreprise texane dont le PDG n’est autre que George W Bush, futur président des Etats-Unis. Ken Lay, PDG d’Enron, bénéficie d’un solide carnet d’adresses qu’il mettra à profit pour faire grandir son entreprise.

A la même époque, les Etats-Unis connaissent une phase de déréglementation de l’électricité et du secteur de l’énergie. Enron en profite pour accroître ses positions et diversifier ses activités sous la houlette de Jeff Skillings, consultant de Mc Kinsey et titulaire d’un MBA de Harvard, qui veut faire de la firme un intermédiaire du trading de "commodities".

Enron développe un discours sur l’innovation et annonce avoir créé un nouveau métier qui consiste à tranformer le gaz, l’électricité et d’autres matières premières en marchandises échangeables sur les plate-formes électroniques des salles de marché. Elle utilise de nouvelles méthodes d’achat et de vente d’électricité ou d’autres matières premières à l’aide de produits dérivés, sophistiqués et complexes.

Avec son discours et sa communication aggressive, qui s’ajoutent au charisme de Kenneth Lay, Enron va rapidement devenir le chouchou des marchés financiers et de la presse économique. « Fortune » classera même la firme texane « entreprise américaine la plus innovante » six années consécutives de 1996 à 2001 !

A son apogée, Enron annonce un chiffre d’affaires de 101 milliards de dollars. Mais déjà, la réputation de la firme est ternie par certaines rumeurs sur les pratiques présumées de corruption et les pressions politiques qu’Enron exerce pour acquérir certains contrats en Amérique latine, en Afrique ou aux Philippines.

L’affaire la plus controversée que la société eut à traiter fut un deal en Inde, pour lequel elle eut recours aux services de l’administration américaine pour obtenir un contrat d’une valeur de 3 milliards de dollars que la banque mondiale refusa de financer car elle le trouvait économiquement abérrant !

Ce projet, comme tous ceux liés au développement international portait la griffe de Rebecca Mark, autre ponte d’Enron. Elle devait conclure des deals concernant de grands projets dans le domaine de l’énergie. Des deals dont la rentabilité était parfois douteuse. Le deal négocié en Inde fut son plus grand « succès » et lui valut de figurer en une de "Forbes" lors de l’année 1998. Elle obtint également par la suite des places au sein des conseils d’administration de Harvard et de Yale.

Mi-novembre 2001, après une série de scandales comptables impliquant Enron et son cabinet d’audit Arthur Andersen, la société est au bord de ce qui s’annonce comme une des faillites les plus retentissantes de l’histoire des Etats-Unis. Après une tentative de sauvetage avortée, Enron fait officiellement faillite le 2 décembre 2001. Le cours de l’action s’est effondré en passant de 90 à 0,3 dollars.

Les enquêtes révélèrent qu’Enron avait commis de nombreuses fraudes. Enron comptabilisait par exemple immédiatement des ventes à terme de gaz ou d’électricité dont la livraison était différée mais sans comptabiliser les dépenses afférentes à ces transactions. Ces revenus générés sans coût ne pouvaient que conduire à d’énormes profits...

Utilisant une seconde technique de triche, Enron avait aussi commencé à se vendre du gaz à elle même en créant des milliers de sociétés écrans. Ainsi, Enron leur vendait du gaz qu’elle s’engageait à racheter. En s’engageant à racheter le gaz, Enron se créait une dette potentielle qu’elle ne comptabilisait pas dans son bilan de même qu’elle ne comptabilisait pas les dépenses qui allaient être nécessaires à l’achat et à la livraison de gaz.

En respectant les règles comptables lors de la consolidation des comptes par exemple, Enron aurait du éliminer toutes les opérations effectuées avec ses filiales (ces opérations étant considérées comme des opérations intra-groupe).

Cette gymnastique comptable d’Enron avait été facilitée par l’avènement d’une économie reposant de plus en plus sur l’immatériel. La comptabilité classique était plus facile à appréhender car reposant sur des actifs matériels qu’on savait évaluer, déprécier, comptabiliser avec une approximation très bonne même si elle n’était pas parfaite. Dans l’économie immatérielle, il faut évaluer les actifs immatériels des entreprises, les marques, brevets, « survaleurs » (goodwill)...Il faut eventuellement tenir compte d’opérations financières pouvant se révéler très complexes.

D’où, une difficulté de plus en plus grande pour les partenaires de l’entreprise à analyser correctement l’information comptable présentée dans les états financiers. Enron fut par ailleurs aidée par son cabinet d’audit Arthur Andersen, à qui la firme versait plusieurs millions de dollars chaque année pour des missions de commissariat aux comptes et de conseil. Cette affaire eut des conséquences désastreuses pour le plus grand cabinet d’audit du monde puisqu’il fut purement et simplement rayé de la carte. Une réputation construite pendant près d’un siècle s’était effondrée du jour au lendemain.

Les milliers d’employés de la firme qui avaient investi en actions de l’entreprise ont perdu leur épargne retraite, l’épargne pour l’éducation de leurs enfants et les fonds investis dans une entreprise à laquelle ils croyaient.

La chute d’Enron conduisit également à des changements législatifs importants ainsi qu’en témoigne la mise en oeuvre des lois Sarbanes-Oxley (SOX) en juillet 2002 dont les répercussions se firent ressentir au niveau de toutes les firmes multinationales côtées à Wall-Street.

Jeffrey Skilling, ex-pdg du groupe, a été condamné à 24 ans et 4 mois de prison le 23 octobre 2006. Il avait été reconnu coupable en mai de 19 chefs d’inculpation. Kenneth Lay, fondateur d’Enron, est quant à lui décédé en juillet 2006 suite à un arrêt cardiaque.

Paul Monthe , Novembre 2006

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