Election Européennes 2017 : Statu Quo ou Ancien Régime ?

Lorsque Marine Le Pen, la candidate de l’extrême-droite française et adversaire de l’euro, fait couler plus d’encre que les gouverneurs des banques centrales américaine (Janet Yellen) et européenne (Mario Draghi), on ne peut qu’en conclure que l’incertitude politique est au plus haut...

Lorsque Marine Le Pen, la candidate de l’extrême-droite française et adversaire de l’euro, fait couler plus d’encre que les gouverneurs des banques centrales américaine (Janet Yellen) et européenne (Mario Draghi), on ne peut qu’en conclure que l’incertitude politique est au plus haut. C’est d’ailleurs devenu l’une des préoccupations majeures des investisseurs, en particulier dans la perspective des élections nationales qui se tiendront cette année dans deux pays du noyau européen : la France et l’Allemagne.

Depuis que des milliers de jeunes Espagnols ont campé dans les rues de Madrid en 2012 pour protester contre l’establishment, le mouvement populiste n’a cessé de croître et de s’internationaliser. L’année dernière, des leaders anti-establishment ont commencé à remporter des scrutins majeurs, notamment l’élection présidentielle aux États-Unis et le référendum du Royaume-Uni en vue de quitter l’Union européenne (UE). Les candidats politiques non traditionnels, qui ne cessent de gagner en popularité, menacent le statu quo et font du risque politique l’une des premières préoccupations des investisseurs. À l’heure actuelle, ce phénomène est tout particulièrement observable en Europe, où vont se tenir des élections nationales au cours des prochains mois dans deux des pays membres fondateurs de l’UE : la France et l’Allemagne. Ces deux élections comptent avec la participation de candidats anti-euro qui, en cas de victoire, pourraient sérieusement compromettre le projet européen et déstabiliser les marchés financiers.

Nouveaux régimes ?

La montée du populisme couvait depuis des années, en particulier depuis les crises financières de 2007-2008, qui ont englouti des milliards de dollars, mis au chômage des milliers de personnes et accru l’endettement des Etats. Malgré les efforts des banques centrales pour inonder les marchés de liquidités, la plupart des gouvernements des pays développés, en particulier en Europe, ont fermé les vannes et imposé des restrictions budgétaires pour juguler leurs déficits. Le mécontentement populaire s’est accentué, parallèlement aux inégalités.

Les électeurs ont également connu des désillusions avec la mondialisation, l’une des forces qui avait permis aux entreprises d’accroître leurs bénéfices depuis les années 90, en apportant de la richesse à quelques-uns au détriment des autres. Pourtant, lorsque des manifestants ont occupé Wall Street en 2011, la mondialisation s’essoufflait déjà. Les coûts réduits dont profitaient les multinationales en faisant produire à l’étranger ont atteint leurs limites. Par ailleurs, certains marchés émergents ont amélioré leurs technologies et leurs connaissances et réduit l’écart avec les nations plus riches. Les salaires dans les pays émergents ont augmenté sur certains sites de production clés, comme en Chine, si bien qu’il est devenu moins intéressant de faire produire à l’étranger. Les bénéfices des entreprises ont stagné, aggravant les difficultés sur le plan intérieur, en particulier dans le sillage de la crise.

Autrefois tenues en haute estime, certaines personnalités publiques internationales, à l’image des élites qui se côtoient au Forum économique mondial de Davos, se sont retrouvées vilipendées, tandis que des leaders non traditionnels ont gagné en popularité, comme par exemple le président américain Donald Trump, ou la candidate nationaliste française Marine Le Pen. Le Royaume-Uni a voté en faveur de la sortie de l’UE au milieu de l’année 2016, et l’incertitude politique a atteint des sommets sans précédent.

Le risque politique domine désormais en Europe, en particulier à l’approche de ces deux élections. Quelles sont les probabilités de perturbation majeure dans chaque pays ? A la suite, vous trouverez nos observations :

France

Date de l’élection : L’élection présidentielle comporte deux tours : le 23 avril et le 7 mai (si aucun candidat ne remporte la majorité absolue au premier tour). En juin, les citoyens français voteront à nouveau pour élire les membres de l’Assemblée nationale.

Candidats : Les partis traditionnels, qu’ils soient de gauche, comme le parti socialiste (emmené par Benoît Hamon) ou de droite, comme les Républicains (emmenés par François Fillon), sont mis en difficulté par de nouveaux arrivants : à gauche, l’ancien ministre de l’Économie (sous le gouvernement socialiste), Emmanuel Macron, a fondé son propre mouvement, En Marche, bien qu’il ne se positionne ni à gauche, ni à droite. Il est pro-européen et propose la création d’un poste de ministre des Finances de la zone euro. Il souhaite également améliorer la flexibilité du marché de l’emploi français. À droite, la candidate anti-euro, Marine Le Pen, a permis au parti de son père, le Front National, de dépasser largement le statut de parti minoritaire. Elle souhaite rétablir les contrôles aux frontières et organiser un référendum sur l’adhésion à l’Union européenne. Autrement dit, un Frexit potentiel.

Cette élection, l’une des plus contestées de sa génération, aura également été entachée de scandales. Les chances de Marine Le Pen ont été renforcées en février après des révélations selon lesquelles son rival de droite, François Fillon, aurait employé et payé sa femme et ses enfants dans le cadre d’emplois fictifs. François Fillon est toujours dans la course.

Quels sont les principaux thèmes ? La hausse de l’immigration est un sujet majeur dans un pays déjà mis à mal par de récents attentats terroristes.

Que disent les sondages ? Macron est en tête des sondages, avec 54 % de chances de gagner, suivi par Marine Le Pen, avec 31 % (au 7 mars). Macron a bénéficié du délitement du Parti socialiste de Benoît Hamon, dont les chances ont baissé, en partie en raison de l’impopularité du gouvernement sortant de François Hollande. Marine Le Pen a un peu perdu de sa superbe, après avoir atteint un pic de 34 %, pénalisée par la popularité d’Emmanuel Macron, dont la campagne s’est intensifiée : le candidat d’En Marche est récemment allé jusqu’à Londres pour convaincre des milliers d’expatriés français désenchantés.

Résultat attendu : Marine Le Pen pourrait arriver en tête du premier tour face à une gauche divisée, aidée par la débâcle de François Fillon et par le refus de l’ex-Premier Ministre, Alain Juppé, de le remplacer à la tête du Parti républicain. Toutefois, Marine Le Pen ne gagnerait pas forcément au deuxième tour si elle était opposée à l’un des principaux candidats. Dans un tel cas de figure, les sondages prédisent que Macron ou (avant) Fillon, arracherait la victoire.

Comment le marché a-t-il réagi ? Les spreads des obligations d’État françaises par rapport aux Bunds allemands suivent de près les chances de victoire de Marine Le Pen, tandis que le CAC, l’indice boursier français de référence, affiche une performance de 1,9 % depuis le début de l’année, celle-ci étant inférieure au benchmark européen.

Allemagne

Date de l’élection : 24 septembre.

Candidats : Le pays est toujours dominé par son aile droite traditionnelle avec la formation CDU/CSU, emmenée par Angela Merkel, et à gauche, par le SPD, dirigé par Martin Schulz (ancien président du Parlement européen). L’un des récents concurrents entré en lice est le parti anti-immigration AfD (Alternative pour l’Allemagne) qui profite des inquiétudes suscitées en Allemagne par la question de l’immigration.

Quels sont les principaux thèmes ? Étant donné la bonne santé de l’économie allemande, l’immigration pourrait devenir un thème majeur de l’élection et risque de pénaliser Angela Merkel, l’une des premières à soutenir l’accueil des réfugiés en Europe. Tous les partis politiques s’engagent à rester dans l’euro, à l’exception de l’AfD. L’aggravation du déficit de la balance des paiements courants allemande est un autre problème, mais certains candidats moins conservateurs souhaitent mettre en place des allègements fiscaux et accroître les dépenses publiques. Les pays périphériques européens et les États-Unis, qui présentent des déficits commerciaux importants face à l’Allemagne, appellent également de leurs vœux une balance des paiements courants allemande plus équilibrée.

Que disent les sondages ? Début mars, le CDU/CSU d’Angela Merkel était en tête des sondages, avec 33 % des intentions de vote, devant le SPD (31 %). L’AfD arrivait en troisième position avec 9 %.

Résultat attendu : Bien que l’élection ne soit qu’en septembre, nous n’anticipons aucun changement majeur sur l’échiquier politique allemand, la grande coalition multipartis conservant la faveur des électeurs.

Comment le marché a-t-il réagi ? Dans la mesure où l’Allemagne est le moteur de l’Europe, les marchés obligataires et actions allemands enregistrent de solides performances cette année. Le principal indice (DAX) ressort en progression de 4,2 %, tandis que les rendements des Bunds allemands à 2 ans ont atteint le 7 mars un plus bas négatif de -8 points de base (pb). Les Bunds allemands attirent souvent la demande pour les titres refuges pendant les périodes d’inquiétude mondiale ou d’incertitude accrue en Europe. Certains investisseurs estiment qu’en cas d’explosion de l’Union européenne, on assisterait à un rebond des obligations allemandes, car le pays contribue largement au financement du reste de la zone. Les Bunds sont également soutenus par le programme d’achats d’actifs de la Banque Centrale Européenne.

Comme si la situation en Europe ne suffisait pas, l’incertitude politique est également élevée. Aux États-Unis, la réforme fiscale envisagée par Trump risque d’entraver le commerce mondial, tandis qu’en Chine, le gouvernement s’efforce de réduire un endettement croissant et d’endiguer la fuite des capitaux.

De deux choses l’une : soit les marchés ont tort, soit l’incertitude politique exagère les risques réels. Ou les deux ?

Comme c’est souvent le cas, l’incertitude semble être la seule certitude. Cela étant, certains investisseurs estiment que les chances d’un rebond rapide et notable de la croissance mondiale restent minces. L’Europe doit encore faire face à deux élections nationales ainsi qu’au départ du Royaume-Uni de l’UE. Les marchés américains tablent sur la réussite de politiques qui risquent de prendre plus d’une année à entrer en vigueur. La Japon, malgré une amélioration, est loin d’avoir le vent en poupe, et la Chine est surendettée.

Les investisseurs s’inquiètent également du fait que l’incertitude politique ne se dissipera pas tant que les problèmes à l’origine du mécontentement populaire n’auront pas été résolus. Si les candidats populistes ne ressortent pas victorieux des élections européennes cette année, qu’en sera-t-il lors des prochaines élections dans quelques années ?

Que peuvent faire les investisseurs ?

Dans ce contexte, le choix de la bonne classe d’actifs, du bon pays, secteur ou émetteur sera crucial pour la performance. Afin de maximiser les opportunités, les investisseurs qui auront adopté une approche flexible seront en mesure d’avoir un choix d’actifs plus large, sans les contraintes des indices de référence traditionnels. Il s’agit normalement d’émetteurs long-only, avec une prédilection pour les marchés développés et possédant un effet de levier important, dans le cas des obligations, ou orientés vers les plus grandes sociétés, dans le cas des actions.

Les marchés obligataires et actions sont beaucoup plus vastes que cela : ils englobent également les marchés émergents, les petites entreprises ou les entreprises moins bien notées, les prêts bancaires ou les prêts liés aux infrastructures, les produits dérivés, les titres indexés sur l’inflation ou adossés à des actifs, libellés dans des devises de marchés développés ou émergents. Un gérant flexible peut également utiliser des stratégies longues ou courtes pour profiter des marchés à la hausse et à la baisse.

L’expérience et les connaissances ont permis aux gérants actifs de surmonter de nombreuses guerres et crises à travers l’histoire. 2017 nous apparaît comme une année semée d’embûches, mais pour cette même raison, regorgeant d’opportunités.

Risques liés aux investissements

Les bons du Trésor américain sont des titres de créance émis et garantis par la clause de « pleine foi et crédit » du gouvernement des États-Unis.

Le gouvernement américain garantit les paiements du principal et des intérêts des bons du Trésor lorsque les titres sont détenus jusqu’à leur maturité. Contrairement aux bons du Trésor, les titres de dette émis par les agences fédérales, ainsi que les instruments et investissements liés peuvent être garantis ou non par la clause de pleine foi et crédit du gouvernement américain. Même lorsque le gouvernement américain garantit les paiements du principal et des intérêts dus sur les titres, cette garantie ne s’applique pas aux pertes résultant de baisses de la valeur de marché de ces titres.

Legg Mason , 27 mars

P.-S.

Les prévisions sont intrinsèquement limitées et ne doivent pas être considérées comme des indicateurs de la performance réelle ou future.

La surperformance n’implique pas des résultats positifs.

Les rendements représentent la performance passée et rien ne garantit qu’ils continueront d’être payés.

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