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Dans un contexte de taux bas et de sous-estimation de l’inflation, AllianzGI privilégie les actifs risqués en 2018

Selon AllianzGI, la stabilité économique devrait perdurer en 2018 et soutenir les marchés financiers. La situation européenne s’améliore, tandis que la réforme fiscale de Donald Trump devrait être un soutien pour le dollar et les actifs américains.

En Chine, l’environnement devrait rester quasi identique à celui de 2017. La principale interrogation porte sur le rythme des hausses de taux de la Fed qui a amorcé le resserrement de sa politique monétaire.

Toutefois, selon Andreas Utermann, Directeur Général et Directeur des Investissements, les ajustements de la politique monétaire seront lents et la répression financière devrait se maintenir avec des taux durablement bas. « Les investisseurs doivent donc impérativement se méfier du retour de l’inflation, qui pourrait éroder significativement la valeur de leurs actifs, explique-t-il. Or, les méthodes de calcul de l’inflation utilisées actuellement par les banques centrales sous-estiment les hausses de coûts dans l’économie réelle. »

Par ailleurs, la société de gestion pointe le risque accru d’une pénurie de liquidités et de pics de volatilité.

En effet, les programmes d’assouplissement quantitatif des banques centrales ont créé une liquidité artificielle. « Des changements dans leur politique, potentiellement accompagnés d’une pénurie réelle ou supposée de liquidités, pourraient déclencher des pics de volatilité, générateurs de risques, mais également d’opportunités », ajoute Andreas Utermann.

Autres risques majeurs pour 2018 : la géopolitique et la politique. Les risques augmentent ainsi dans les pays producteurs de pétrole, tandis que l’avenir de l’Union Européenne reste incertain, entre Brexit et élections italiennes. « Par ailleurs, les partis politiques anti-mondialistes se renforcent, ce qui pourrait provoquer d’importantes difficultés à long terme pour les économies et les marchés, notamment une croissance plus faible et une hausse de l’inflation », s’inquiète Andreas Utermann.

La sélectivité plus importante que jamais

Dans cet environnement incertain, les écarts entre les différentes régions pourraient s’accentuer davantage. Dans le même temps, de nombreux actifs semblent surévalués. « En conséquence, les investisseurs doivent se montrer toujours plus sélectifs en 2018. Une gestion réellement active de leurs portefeuilles, s’appuyant notamment sur la recherche fondamentale et les approches ESG, sera essentielle pour améliorer le couple rendement/risque de leurs investissements », explique Andreas Utermann.

En termes d’allocation, AllianzGI privilégie les actifs risqués qui devraient continuer à surperformer en 2018.

« Du côté des actions, nous favorisons l’Europe par rapport aux Etats-Unis, où l’association d’une normalisation graduelle de la politique monétaire et de marchés potentiellement en surchauffe pourrait créer un contexte difficile. De plus, si la réforme fiscale de Trump venait finalement à échouer, la déception se répercuterait sans doute sur les marchés », ajoute Andreas Utermann. Du côté obligataire, il convient de se tourner vers certains segments de la dette émergente, comme les emprunts d’Etat asiatiques, pour trouver du rendement. Les infrastructures en Asie recèlent également des opportunités.

Un environnement obligataire peu porteur

Du côté des marchés obligataires, même si le point bas sur les taux long terme a été atteint, la zone euro est encore majoritairement en territoire négatif et les politiques des banques centrales vont demeurer accommodantes. « Selon nous, explique Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires, le thème de la reflation reste sous-estimé par les marchés : les anticipations d’inflation restent en retrait par rapport aux perspectives économiques, notamment aux Etats-Unis où les salaires vont continuer leur augmentation progressive. »

Par ailleurs, la divergence des politiques monétaires devrait se poursuivre. « Alors que la BCE se concentrera sur la réduction de son programme d’achats, tout en laissant les taux inchangés en 2018, la Fed devrait procéder à 3 hausses de taux en 2018, qui ne sont pas toutes intégrées par les marchés », ajoute Franck Dixmier. Les taux long terme devraient donc graduellement augmenter à moyen terme, même si le potentiel de correction des Treasuries sera limité par des taux qui devraient rester bas en zone euro. « En outre, des risques de natures diverses, dont les risques géopolitiques et politiques, continueront à soutenir des valorisations élevées sur des actifs jugés sans risque, déclare Franck Dixmier. Dans ce contexte, les obligations indexées inflation US et européennes, et le crédit, Investment Grade ou High Yield, offrent des opportunités, mais avec sélectivité, » conclut-il.

Le crédit européen : entre amélioration des fondamentaux et augmentation du risque M&A

Les marchés Investment Grade et High Yield européens continuent d’afficher des performances positives depuis le début de l’année. Selon Vincent Marioni, CIO Crédit Europe, même s’il est nécessaire de surveiller le risque lié à l’augmentation des opérations de fusions et acquisitions, les fondamentaux du marché du crédit continuent leur amélioration. Ainsi, les taux de défaut anticipés par Moody’s pour les douze prochains mois restent très faibles, de l’ordre de 1,26% sur le High Yield européen. « De plus, le programme d’achat d’actifs de la BCE demeure un facteur de soutien important sur les titres Investment Grade, alors que le volume d’émissions a déjà atteint le niveau de 2016, pour une demande en forte progression », continue Vincent Marioni. La volatilité reste quant à elle dans une fourchette basse et les valorisations encore attractives, à condition d’opérer avec sélectivité.

Du côté du système bancaire européen, les experts d’AllianzGI notent un renforcement notable et durable de sa situation financière, avec une augmentation significative et continue du niveau des fonds propres et de la qualité des actifs. Selon Vincent Marioni, quatre risques sont à surveiller en 2018 sur le marché du crédit : les incertitudes politiques et géo-politiques, un risque d’anticipation de ralentissement économique en Chine ou aux Etats-Unis, le moindre soutien des banques centrales qui pourrait entraîner un risque de taux, et enfin, l’accélération des grosses opérations de fusions/acquisitions financées par la dette.

Les actions européennes à l’épreuve de la disruption

Les marchés d’actions européennes ont affiché de bonnes performances en 2017 : l’ensemble du marché a monté, excepté les télécoms. Pour Catherine Garrigues, Responsable des Stratégies Conviction Actions Europe, la photographie est aujourd’hui plutôt positive pour les actions européennes : le cycle économique synchronisé est puissant et se matérialise enfin en Europe Continentale, tandis que les valorisations restent raisonnables dans un contexte de taux d’intérêt toujours bas.

Selon elle, la thématique à jouer en 2018 est celle de la disruption, qui touche aujourd’hui presque tous les secteurs.

« Nous sommes entrés dans la 5ème phase d’innovation depuis la naissance du capitalisme, caractérisée par des gains énergétiques, une accélération dans les transports et la communication et un développement du commerce. Il faut donc chercher les secteurs et les valeurs qui permettent à ces innovations de se propager à l’économie », explique Catherine Garrigues qui identifie ainsi la technologie comme le grand gagnant actuel de la disruption. « Par ailleurs, dans notre choix d’entreprises, nous nous tenons éloignés des acteurs les plus négativement exposés aujourd’hui et nous positionnons alors plus en amont dans la chaine de valeur, dans des secteurs comme les semi-conducteurs pour l’automobile ou les producteurs d’ingrédients dans l’agroalimentaire », ajoute Catherine Garrigues. « A contrario, nous voyons peu de potentiel d’appréciation dans le secteur bancaire qui nous parait correctement valorisé par le marché et qui, après la vague réglementaire, va devoir affronter celle de la disruption », conclut-elle.

Next Finance , Décembre 2017

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