Ce que changerait un choc pétrolier

Les menaces de frappes aériennes sur la Syrie peuvent conduire à une hausse très marquée du prix du brut. Non pas à cause du pétrole produit dans ce pays, mais à cause de la déstabilisation de la principale région exportatrice de pétrole. Ces risques s’ajoutent à une situation qui se dégrade en Lybie...

Les menaces de frappes aériennes sur la Syrie peuvent conduire à une hausse très marquée du prix du brut. Non pas à cause du pétrole produit dans ce pays, mais à cause de la déstabilisation de la principale région exportatrice de pétrole. Ces risques s’ajoutent à une situation qui se dégrade en Lybie (le pays produit beaucoup moins de pétrole qu’en situation normale), et à un environnement toujours très fragile en Egypte, ce qui potentiellement pose un problème d’approvisionnement avec le canal de Suez.

Le prix du pétrole a déjà fortement augmenté : le brent, en 2 jours, a bondi de USD 112 le baril à USD 117.6 (il s’est stabilisé à ce niveau aujourd’hui). Il n’est toutefois pas encore à son plus haut niveau de l’année (USD 119.67 le 14 février), et en glissement annuel, sa progression n’est que de 3.7 %. Mais cela suffit pour peser sur la croissance : s’il devait rester sur les niveaux actuels, il amputerait les croissances européenne et américaine de 0.15 point de PIB environ au troisième trimestre.

Un baril de brent qui resterait en moyenne sur les niveaux actuels ne serait pas non plus sans effet sur les marchés.
Le premier impact possible serait une hausse des points morts d’inflation, et donc une hausse supplémentaire des rendements nominaux des obligations souveraines. L’histoire montre toutefois qu’il n’y a pas de lien mécanique entre le prix du brut et les points morts d’inflation : il n’y a pas de corrélation entre le prix du brut et les swaps inflation, que ce soit aux Etats-Unis ou en zone euro (les graphiques ci-dessous couvrent la période allant de janvier 2005 à aujourd’hui).

D’ailleurs, dans le contexte actuel, les banques centrales risquent fort de s’inquiéter davantage de l’impact de ce choc pétrolier sur la croissance plutôt que sur l’inflation, ce qui pourrait les conduire à garder des politiques monétaires extrêmement accommodantes (il est peu probable que la BCE augmente, comme en 2008, son taux repo, en réponse aux risques d’ « effets de second tour », totalement inexistants aujourd’hui).

Le deuxième impact possible pourrait être un regain de tensions en zone euro.

En effet, une des raisons pour lesquelles la situation s’était apaisée dans la région était l’espoir d’une amélioration de la conjoncture, alimenté par les chiffres récemment publiés (dont les PIB français, allemand et portugais). Si cet espoir est mis à mal par une remontée du prix du pétrole, aggravée éventuellement par celle des taux d’intérêt longs (non pas à cause de la hausse du prix du pétrole, mais à cause de l’impact de l’éventuel « tapering » de la Fed sur tous les marchés obligataires), la solvabilité de certains pays périphériques redeviendra rapidement un problème de premier plan.

Enfin, ce choc pétrolier, s’il se produit, conduirait à un retour sur les valeurs refuge, dont souffriraient (ou continueraient de souffrir) des marchés tels que les émergents.

René Defossez , Septembre 2013

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