Afrique du Sud : une lueur d’espoir

Après des semaines de contestation, le Président sud-africain Jacob Zuma a démissionné le 14 février 2018 à l’issue de neuf ans d’exercice, en laissant à son successeur Cyril Ramaphosa un bilan contrasté. La tâche sera difficile pour le nouveau Président, qui a promis de lutter contre la corruption, de reconstruire l’économie et de créer des emplois.

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Même si cette passation de pouvoirs ouvre la voie à des changements indispensables en Afrique du Sud, nous pensons que la vague d’optimisme qui s’est installée au terme de l’ère Zuma doit être tempérée par une vision réaliste des problèmes économiques et sociaux auxquels le pays se confronte depuis de longues années. Certes, les défis de l’économie peuvent devenir des opportunités d’investissement à moyen terme ; néanmoins, nous recommandons la prudence envers le marché sud-africain en attendant plus de précisions sur l’agenda de réformes de Cyril Ramaphosa.

La fin de l’ère Zuma

Le 14 février, Jacob Zuma a cédé à d’intenses pressions et mis un terme à une présidence entachée de scandales. Après avoir résisté à huit motions de censure au parlement, le Président a finalement déposé les armes en réponse aux appels à la démission lancés par le parti au pouvoir African National Congress (ANC). Jacob Zuma quitte la tête d’un pays qui doit maintenant effacer le souvenir douloureux de dix ans de croissance faible, de chômage très élevé et de services publics défaillants.

En dépit du « Plan national de développement 2030 » de l’ancien Président (une initiative à long terme visant à augmenter l’emploi et réduire les inégalités), l’héritage de l’apartheid est toujours bel et bien visible et les inégalités sont criantes.

Avec le coefficient Gini (indicateur des inégalités de revenus), la Banque mondiale classe l’Afrique du Sud parmi les sociétés les plus inégalitaires au monde, le chômage touchant plus d’un quart de la population.

Ramaphosa fait souffler un vent d’espoir

Après plusieurs années de stagnation, l’économie sud-africaine est entrée récemment en récession : par conséquent, le premier défi de Cyril Ramaphosa sera de remettre l’activité sur les rails. Mais ce type d’enjeu ne lui fait pas peur, et son histoire permet même d’éprouver un certain optimisme. Cyril Ramaphosa tenait le micro de Nelson Mandela lorsque celui-ci s’est exprimé devant un parterre de 50 000 personnes depuis le balcon de la mairie de Cape Town, après sa libération en février 1990. En 1991, il devient Secrétaire général de l’ANC, mais échoue face à Thabo Mbeki dans la course à la succession de Nelson Mandela. Il opère alors une conversion réussie dans le monde des affaires et devient l’une des plus grandes fortunes d’Afrique du Sud, avec un patrimoine estimé à 450 millions de dollars américains (en 2015) selon le magazine Forbes.

Ayant appris la valeur des investissements étrangers et de la gouvernance d’entreprise, Cyril Ramaphosa s’est ensuite de nouveau tourné vers la politique et s’est fait élire à la tête de l’ANC en décembre dernier. Devenu Président d’Afrique du Sud au mois de février, il a promis que son gouvernement œuvrerait dans la constance et la stabilité politique. Malgré sa volonté indéniable de remettre le pays sur les rails, Cyril Ramaphosa va devoir résoudre une longue liste de problèmes pour restaurer la crédibilité des pouvoirs publics avant les législatives de 2019.

Résoudre les problèmes structurels

Le premier problème à résoudre est celui de la lenteur de la croissance économique. Face à un taux de croissance moyen de 5% par an dans les pays émergents au cours des dix dernières années, l’activité économique de l’Afrique du Sud demeure affaiblie et sa croissance moyenne depuis 2008 n’a pas dépassé 1,5% par an. En Afrique du Sud, l’époque glorieuse des géants miniers et des magnats de l’industrie et de la finance est bel et bien révolue : Anglo American, Mondi, Richemont, Old Mutual et consorts ont tous installé leur siège à l’étranger.

La reprise économique dépendra de l’action du nouveau gouvernement sur le front des créations d’emplois, d’un système éducatif inadapté et enfin sur la question de la réforme agraire. Plus de 20 ans après la fin de l’apartheid, le pays est toujours d’une grande pauvreté malgré des ressources abondantes. Cape Town, la deuxième ville du pays, illustre bien ce phénomène : après une longue période de sécheresse, la municipalité doit faire face à des pénuries d’eau qui sont accentuées par une mauvaise gestion au niveau national.

Cependant, nous pensons qu’avec Cyril Ramaphosa à sa tête, l’Afrique du Sud est en bonne voie. Le Président a d’ailleurs commencé par présenter un nouveau budget bien accueilli par le marché (le rand et les taux locaux ont continué de s’inscrire en hausse). Centré sur les perspectives d’endettement, ce budget vise une stabilisation de la dette publique en-dessous de 60% à terme. Il prévoit une augmentation de la TVA (une première depuis 25 ans), une baisse des émissions de dette locale, ainsi que des coupes budgétaires, accompagnées d’une augmentation des dépenses sociales et des investissements dans l’enseignement supérieur. Des domaines d’avancée qui revêtent une importante cruciale à l’approche de la révision de la note de solvabilité de l’Afrique du Sud par Moody’s en mars 2018. Même si les risques de rétrogradation sont plus faibles grâce aux progrès récents, nous recommandons aux investisseurs d’attendre que les améliorations qu’anticipe le marché se concrétisent avant d’augmenter l’exposition au risque dans leurs portefeuilles.

Optimisme prudent

En quelques mots, notre sentiment vis-à-vis de l’Afrique du Sud est celui d’un optimisme prudent depuis la démission du gouvernement de Jacob Zuma. La Présidence de Cyril Ramaphosa a soulevé des espoirs d’amélioration de la confiance des entreprises, grâce à la promesse de mesures favorables au marché, mais les obstacles structurels à la croissance et à la stabilité n’ont pas disparu pour autant.

Même si nous voyons nettement une lueur d’espoir pour l’Afrique du Sud, les investisseurs devraient attendre d’avoir plus de visibilité sur l’action du nouveau gouvernement.

Les marchés ayant déjà propulsé le rand jusqu’à un plus haut sur 3 ans face au dollar en février, nous conseillons aux investisseurs prêts à prendre des risques sur les pays émergents de faire preuve d’une grande prudence avant de s’exposer aux opportunités de l’Afrique du Sud dans l’immédiat.

Stéphane Monier , 13 mars

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