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A environnement nouveau, approche nouvelle : Les assureurs repensent leurs stratégies d’investissement

Selon Raphaël Remond, Président Directeur Général de State Street Banque, si la nécessité de modifier leur stratégie d’allocation d’actifs est claire, la tâche n’est pas aisée pour les assureurs. Pour près de 80 % des participants à l’enquête de State Street, investir dans des classes d’actifs plus complexes est un défi pour leur organisation…

Les effets de la crise financière mondiale ont été ressentis plus tardivement dans le domaine de l’assurance que dans les autres secteurs de l’industrie des services financiers. La raison est simple : une approche conservatrice a tenu les assureurs à l’écart des investissements « réservés aux initiés » qui ont, eux, subi la crise de plein fouet. Il semble donc ironique que la crise et ses répercutions- en particulier les problèmes liés à la dette souveraine et à la crise de l’euro - aient amputé les rendements que les assureurs obtenaient en utilisant cette même approche « traditionnelle ».

En quelques mots, les compagnies d’assurances doivent garantir des rendements d’investissements pérennes pour couvrir leurs obligations futures, qu’il s’agisse du versement des rentes, des retraites ou de la couverture des demandes d’indemnisation après une catastrophe naturelle. L’industrie a traditionnellement investi dans des placements historiquement sûrs pour remplir cette obligation, en faisant notamment appel aux obligations souveraines et aux obligations corporates les mieux notées. Au cours des dix dernières années, les rendements obtenus sur ces instruments ont été pour la plupart plus que suffisants pour couvrir leurs obligations. En revanche, depuis 2008, deux mutations ont considérablement limité l’efficacité de cette approche.

Tout d’abord, certains investissements, jusqu’alors considérés comme parfaitement fiables se sont révélés à risques, y compris, la dette souveraine. Les événements en Grèce ont montré que même des pays développés peuvent faire défaut. Ensuite, les investisseurs obligataires, se sont communément concentrés sur une gamme restreinte de « valeurs sûres », faisant pression sur les taux d’intérêt, et notamment ceux des gouvernements encore solvables. Le rendement des obligations d’état de nombre de ces pays s’établissant désormais sous la barre des 2 %. En conséquence les assureurs se trouvent dans l’incapacité de remplir leurs obligations à long terme en maintenant simplement le statu quo.

Comme l’a dit un dirigeant du secteur, les assureurs « doivent diversifier à tout va ». Une enquête mondiale auprès des dirigeants de compagnies d’assurance effectuée courant 2013 pour le compte de State Street révèle à quel point cette opinion est partagée dans l’industrie : 80 % des participants envisagent d’augmenter leurs allocations dans les classes d’actifs alternatifs, la moitié d’entre eux (49 %) étant prêts à le faire dans les 12 prochains mois [1].

Vers de nouveaux horizons

Si la nécessité de modifier leur stratégie d’allocation d’actifs est claire, la tâche n’est pas aisée pour les assureurs. Pour près de 80 % des participants à l’enquête, investir dans des classes d’actifs plus complexes est un défi pour leur organisation ; mettre en œuvre des stratégies efficaces afin d’équilibrer l’actif et le passif est tout aussi difficile pour près de 90 % d’entre eux.

Pour modifier sa stratégie d’investissement, l’industrie se voit confrontée en général à deux problèmes majeurs. Le premier est une question de fond : si les obligations ne permettent plus d’obtenir les rendements requis, quelle solution de substitution permettra d’allier à la fois sécurité et revenus ? Dans sa quête d’une réponse, le secteur est de plus en plus contraint par la réglementation. Dans le cadre de la directive Solvabilité II, par exemple, les exigences en capital pour les actions, sont beaucoup plus importantes qu’auparavant.

Pour l’instant, l’industrie ne converge pas vers un seul groupe d’instruments privilégiés.

Toutefois, dans le domaine des investissements alternatifs, certains instruments parmi les plus populaires—les créances d’entreprises privées de toutes tailles, l’immobilier et la dette d’infrastructure—sont susceptibles de fournir un revenu régulier, et ce, pour un risque limité ou tout au moins facilement calculable.

D’autres compagnies d’assurance se sont aventurées dans des domaines tels que le private equity et les ressources naturelles.

Nouvelles compétences requises

Le second problème rencontré dans le cadre d’un programme de diversification, est le manque d’expertise. Pour de nombreuses organisations, ces types d’investissements demeurent largement « terra incognita ». Les assureurs cherchent à résoudre ce problème de différentes manières : En premier lieu, il est essentiel de développer en interne les compétences pour comprendre ces instruments et savoir gérer des portefeuilles plus complexes. Cependant, un quart des organisations ayant répondu à l’enquête de State Street éprouvent des difficultés pour recruter des profils expérimentés ayant les connaissances requises. De nombreuses entreprises repensent leurs systèmes d’information. 45 % des participants affirment que leur organisation envisage pour l’année prochaine des améliorations fonctionnelles liées aux données et à l’analyse de leurs portefeuilles d’investissement. Pour 29 % des autres participants, il s’agit d’une priorité à plus long terme.
Il est logique de vouloir se doter des ressources humaines et technologiques nécessaires pour exécuter ces nouvelles stratégies d’investissement.

Cependant les assureurs se heurtent à une autre contrainte forte dans l’environnement actuel : la maîtrise des coûts.

Pour concilier les deux, ils sont amenés à envisager différemment leurs activités. Comme indiqué dans le paragraphe ci dessous, l’externalisation de la gestion d’actifs (tout ou partie) est clairement à l’ordre du jour.

La démarche traditionnelle des assureurs, a aidé ces derniers à traverser la tempête de la crise financière. Mais, dans le nouvel environnement que celle-ci a engendré, l’approche traditionnelle risque de devenir insoutenable. Aussi, les grands assureurs bouleversent leurs méthodes et leurs choix d’investissements afin de prospérer dans ces nouvelles conditions.

L’externalisation et la gestion d’actifs

Traditionnellement, les compagnies d’assurance ont géré leurs actifs principalement en interne, et il semblait inutile de faire autrement. Les revenus étaient plus que suffisants et les portefeuilles types de l’industrie étaient relativement faciles à gérer. Depuis 2008, le secteur a subi de profondes mutations. Entre 2008 et 2011, selon Insurance Asset Manager, un site d’informations et de données spécialiste de l’industrie, les actifs d’assurance sous gestion déléguée à un tiers ont presque doublé pour atteindre environ 1,800 milliards de dollars [2].

Six actions que les assureurs envisagent pour leurs portefeuilles d’investissements

L’enquête de State Street auprès des dirigeants de compagnies d’assurance indique que la tendance pourrait perdurer.

Comme le montre le graphique ci-dessus, 42 % des participants affirment que la gestion d’une part plus importante des encours sera externalisée l’année prochaine tandis que 25 % des autres participants envisagent cela à plus long terme.

Les fonctions traditionnellement associées au métier de gestion d’actifs sont aussi susceptibles d’évoluer, avec plus de la moitié (58 %) des participants envisageant l’externalisation des fonctions de middle- et de back-office dans un futur proche.

La maîtrise des coûts est une préoccupation centrale. Comme le graphique l’indique également, les assureurs cherchent à dégager des économies dans différents domaines liés à leurs activités d’investissements. Mais si les entreprises considèrent des coupes dans les budgets, elles doivent les penser de manière stratégique. L’externalisation peut fournir une partie de l’expertise dont elles ont besoin, en particulier dans le cas d’organisations de plus petite taille, pour répondre aux défis que présentent des portefeuilles plus complexes et aux exigences de reporting accrues.

Raphaël Remond , Octobre 2013

Voir en ligne : Résumé complet des résultats de l’enquête

Notes

[1] Enquête 2013 de State Street sur le secteur de l’assurance effectuée par the Economist Intelligence Unit

[2] Enquêtes annuelles 2008-2012, Insurance Asset Manager

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